dimanche 29 mars 2015

La Martinique, la Guadeloupe... et Louviers - Partie 2



La suite.





Après une petite pause larves - ou pas (même si rétrospectivement, j'aurais dû essayer, mais ça m'est passé de la tête), je reprends mon périple.


Deux étapes assez rapides ensuite.

Leur cuvée 20ème anniversaire.
Plantation pour commencer. Une demi-douzaine de bouteilles était en dégustation.
La gamme Plantation (Cognac Ferrand) est très large. Elle est divisée en deux, les bouteilles trouvables "partout" et leurs éditions limitées. Ils proposent en fait aux cavistes de créer des embouteillages venant de fûts uniques venant d'un peu partout dans le monde et créent ainsi une sorte d'exclusivité (étiquette noire, contre étiquette blanche pour les bouteilles "normales").
De manière générale, je trouve leurs rhums assez sucrés (parfois trop). Je connais déjà bien leur Guatemala et leur Jamaïque, que je trouve intéressants et agréables.
J'ai donc voulu en tester un autre : le Sainte Lucie. Et bien il ne fait pas partie des trop doux. Il est plus puissant, que ce soit en intensité gustative ou en impression d'alcool. Il offre la singularité d'être très empyreumatique (arômes brûlés, grillés, fumés...), ce qui est définitivement quelque chose qui m'attire.


Sainte Lucie à gauche et Sainte Lucie au centre
On continue avec un stand où étaient présents des rhums de traditions espagnole et anglaise, de différentes distilleries, distribués par Dugas.

Je connaissais la plupart des bouteilles proposées, avec par exemple l'Admiral Rodney (de Sainte Lucie aussi), qui est une de bouteilles qui, il y a quelques temps maintenant, m'a fait passer de rhums doux à des rhums plus boisés.
Mon choix s'est donc porté sur le 1931 (de Sainte Lucie, décidément...).
Peut-être en attendais-je trop, quoi qu'il en soit je n'ai pas été séduit, ne lui trouvant rien de particulier ou d'intéressant, sans être mauvais pour autant.


Pour finir cette tournée de dégustation, direction la table CBH, distributeur sur le territoire français de rhums de différentes parties du monde.
Il y a par exemple la gamme El Dorado. Provenant de Guyane Anglaise ou Guyana, ces rhums sont déclinés en plusieurs âges, le 12 ans, le 15 ans, le 21 ans et d'autres plus vieux, qui atteignent des prix très élevés. Je ne vais pas m'attarder sur Demerara Distillers Limited, qui est l'entreprise qui produit ces rhums ou sur le pays dont ils sont issus, je l'ai déjà assez fait sur ce blog en parlant des fameuses bouteilles Velier. Cependant, si vous êtes intéressés pour en savoir plus, je vous invite à lire le travail de titan publié à cette adresse :
http://barrel-aged-thoughts.blogspot.fr/p/the-demerara-distilleries-english.html
Prévoyez du temps, la quantité d'information (et donc les recherches menées pour les compiler) est tout simplement au-delà de ce que je peux imaginer !

Bref, je connais bien le 12 ans, puisqu'il s'agit de mon premier amour, un rhum assez sucré et très facile à boire.
Je dois à nouveau goûter le 15 ans, n'ayant pas une image très précise de son profil.
Je trouve ces bouteilles assez classes personnellement.
En revanche, j'ai pu déguster le 21 ans, pour la première fois, et je dois avouer avoir séduit. Comme un benêt, je n'ai pas pris de notes de dégustation sur celui-ci mais dans mon souvenir, c'est un rhum complexe, qui offre beaucoup de pistes gustatives différentes. Définitivement à tenter à nouveau dès que l'occasion se présente !

Il y a aussi le rhum de Martinique, récemment ressuscité : Héritiers Madkaud. La distillerie a fermé il y a de nombreuses années mais la marque a été reprise par les héritiers de la famille il y a environ 6 ans. Ils proposent pour l'instant un blanc et un VSOP (4 ans).
Nous sommes sur un agricole AOC, ce qui devrait donc me plaire.
Et le blanc confirme : un bon agricole où le jus de canne est bien présent et qui se caractérise également par des notes poivrées et épicées. Vraiment pas mal.
J'ai été un peu moins enthousiasmé par leur vieux, qui ne m'a pas "offert" grand-chose.
En revanche, étant donné la matière première, je dois dire être impatient de découvrir leur XO à sortir !


La Jamaïque très bien représentée !
J'ai fait l'impasse sur quelques stands, ne pouvant malheureusement pas rester trop longtemps.
Je ne suis par exemple pas passé (en tout cas pour déguster) à la table où quelques agricoles étant présents les connaissant déjà.

Je regrette un peu ne pas être passé voir la Compagnie des Indes, mais j'aurai l'occasion de les déguster j'en suis sûr.


Pour finir, un mot sur le Hampden (distillerie de Jamaïque) de chez Silver Seal : exceptionnel. Voilà c'était un mot.
Pour vous en dire un peu plus, c'est un rhum réalisé dans la tradition jamaïcaine, avec une fermentation très longue et une distillation sur des alambics.
Ces deux principes d'élaboration (ainsi que d'autres), créent un rhum d'une richesse hors du commun ; complexe, puissant, intense, long, original... TOUT pour plaire.

Merci à Florent pour l'échantillon que j'ai pu rapporter à la maison ! Je vais le savourer :)




C'est ainsi que s'achève mon aventure normande. La tête pleine d'expériences et de rencontres, bref, un moment très sympathique.

Et merci à ma femme qui, non seulement m'a conduit au retour, a pris les photos mais surtout m'a supporté tout le week-end ! :)





dimanche 22 mars 2015

La Martinique, la Guadeloupe... et Louviers - Partie 1



Il y a quelques semaines, un certain Florent me contactait pour me parler d'un salon de dégustation de spiritueux, qui se tiendrait dans la mégalopole normande de Louviers et m'invita à m'y rendre.

De bonnes têtes de vainqueurs :)

Louviers est une petite ville de l'Eure (en Normandie) qui se trouve à une centaine de kilomètres de Paris.
Depuis 4 ans, elle est le théâtre en mars d'un salon de dégustation de spiritueux, avant tout de whiskies mais également, depuis deux ans, de rhums.

Bref, je vérifie mon agenda de ministre, évoque l'idée avec mon allemande de femme et l'idée devient réaliste et concrète.
Rendez-vous est pris pour le dimanche 15 mars !


Et donc nous y voilà, dimanche dernier, en route pour Louviers. Après un épisode Rouennais sur lequel je ne m'attarde pas, pour ne pas passer pour un vil individu (oui je sais, en disant ça j’attise votre curiosité mais je ne dirai rien :p), direction Louviers à une trentaine de kilomètres de là.
On se gare un peu au hasard et je rentre dans un troquet pour demander mon chemin vers les Caves voûtées du Moulin, de sympathiques habitués hauts en couleur me renseignent ; on a de la chance, nous ne sommes qu'à 3 minutes à pieds.

Après une petite frayeur (pas moyen de mettre la main sur les tickets) et à l'aide de la technologie moderne (j'ai pu les retrouver dans mes mails sur mon téléphone), nous pouvons enfin pénétrer dans le bâtiment qui abrite l'événement.
A l'entrée, on nous attache un petit bracelet en tissu au poignet et l'on nous remet un calepin présentant les différentes marques, un stylo (ce qui s'est avéré fort utile pour prendre des notes, même si vous vous en doutez, un professionnel de ma trempe avait bien entendu tout prévu - ou pas :P) et bien sûr, un verre.


Le terme "cave voûtée" désigne en fait... une cave voûtée. De rien.
C'est parti !


Tout d'abord je dois parler du lieu en lui-même, vraiment super sympa et bien choisi. Les caves voûtées donnent un cachet certain et offrent suffisamment de place pour permettre à un grand nombre d'exposants de présenter leurs produits. Une vraie ambiance s'en dégage !


Je fais un rapide tour du propriétaire et repère quelques marques bien connues.


Je jette mon dévolu sur Mezan pour commencer et débute par leur Long Pond 2000. Long Pond est une distillerie de Jamaïque qui produit des rhums habituellement assez expressifs et complexes ayant une profondeur intéressante. Là je dois avouer être un peu rester sur ma faim, peut-être les 40% d'alcool qui lui coupent un peu les ailes. Pas désagréable pour autant mais j'en attendais sans doute trop, je plaide coupable.
J'aurais bien voulu en goûter un ou deux autres mais pour une raison dont je ne rappelle pas (non je n'étais pas - encore - pompette) j'ai quitté leur stand.
Quoi qu'il en soit, j'ai entendu dire qu'il n'était impossible que Mezan sorte des bruts de fûts à l'avenir, voilà de quoi relancer mon intérêt pour cette marque.


Un peu plus loin je repère un grand barbu de ma connaissance et vais lui présenter mes respects. On papote un peu et il me parle des différentes distilleries représentées au salon. J'apprends qu'il travaille en fait sur le salon et s'occupe des rhums de tradition française distribués par Dugas (Trois Rivières, La Mauny ou encore Séverin). Rien qui m'intéresse - car je les connais déjà - sur ce stand, mais une sélection variée de blancs et de vieux présentant une belle variété de rhums des Antilles Françaises, parfaite pour faire découvrir nos rhums.
Il m'indique également où trouver le Bar aux Curiosités où se trouve Florent (oui, celui-là même qui m'avait contacté quelques semaines plus tôt). Ce sera ma prochaine étape.

Une étagère comme on aimerait en avoir chez soi :)

Je commence à jeter un œil à l'imposante étagère remplie de merveilles en tous genres, un très beau florilège de spiritueux : whiskies, rhums, mezcals... !
Comme vous pouvez vous en douter, c'est la seconde catégorie qui attire le plus mon attention.

La voici !
Je vois quatre rhums que je n'ai pas encore eu l'occasion de goûter, dont le Montebello 1982 dans sa carafe à ruban rouge bien reconnaissable.

Un groupe de personnes discutent non loin de là, je me rapproche et pense identifier mon hôte, et en effet c'est bien lui. On y va de nos très originaux "Salut Florent", "Salut Laurent" et on commence à papoter. Il m'explique un peu comment l'organisation s'est passée, quels distilleries/distributeurs ont pu venir, ainsi que sa philosophie de partage dans ce monde des spiritueux.

Et là comme pour illustrer son propos, il me sert un verre de ce Montebello 1982. Qu'est-ce qu'il nous raconte ? Premièrement il faut savoir que c'est un traditionnel et non un agricole. Objectivement c'est un produit de qualité qui offre une certaine fraîcheur, qui vient donner du peps et une longueur impressionnante. Malheureusement pour moi, il présente aussi cette saveur de caramel brûlé qui me dérange parfois sur certains rhums de Guadeloupe.
Je sais qu'il plairait à certaines de mes connaissances mais moi, ce n'est pas mon truc ; un peu comme les vieux Damoiseau (d'ailleurs pas si loin de celui-ci gustativement).


Après ce sympathique intermède, je repars dans la foule, pour aller y "picorer" les rhums qui m'intéressent, m'intriguent, que j'aime ou auxquels je veux donner une seconde chance.

Une bonne petite sélection ma foi
Etape obligée, de par la diversité de leur offre et la qualité des produits distribués : la table LMDW,
Pas question cependant de tout goûter, j'en connais déjà une bonne partie.

Premier arrêt : Rum Nation Barbados, que je ne connaissais pas.
Sans aucun doute, nous sommes à la Barbade, on reconnait bien ce profil typique avec cependant deux particularités. Tout d'abord, c'est doux ; pas liquoreux ou écœurant mais légèrement sucré et je ne trouve pas que cela colle (à cause du sucre peut-être :p) avec la typicité Barbade. En revanche j'apprécie plutôt ce côté torréfié habituellement absent des rhums issus de ce pays. Au final un rhum pas mauvais, qui plaira à certains mais auquel je privilégierai par un exemple un R.L. Seales.

Second arrêt : Savanna 5 ans.
La maison Savanna se trouve à la Réunion et est une distillerie qui sort un nombre insensé de rhums différents : des traditionnels (à base de mélasse), des agricoles (à base de jus de canne), des grands arômes (un temps de fermentation long), des finitions (quelques mois passés dans des fûts ayant contenu d'autres alcools après le vieillissement principal), des bruts de fûts (le rhum étant mis en bouteille à son degré alcoolique naturel de sortie de fût)...
Je ne connais pas encore bien ce qu'ils font et je le regrette, il va falloir que je mette les papilles sur des bruts de fûts et des grands arômes. Si vous voulez en savoir plus sur Savanna, foncez là :
http://durhum.com/distillerie-savanna/
Les cheveux gris viennent d'un défaut de l'appareil photo bien entendu

J'ai quand même (re)goûté leur traditionnel 5 ans d'âge, une base dans leur gamme. Bon et bien je n'aime toujours pas ; pour moi la principale caractéristique gustative de ce rhum c'est le plastique brûlé (que je retrouve sur plusieurs rhums de la Réunion et auquel je ne me fais pas).
Cela ne me rebute absolument pas pour le reste de la gamme, d'autant moins quand j'entends le plus grand bien de certaines de leurs bouteilles.

Troisième arrêt : Clarin Sajous batch 2.
Déjà dégusté lors du Whisky Live en fin d'année dernière.
Je vous ai déjà parlé des clairins, ces rhums haïtiens on ne peut plus naturels, tout étant réalisé à l'ancienne.
Trois clairins sont trouvables par chez nous, tous trois sélectionnés et distribués par Luca Gargano qui est allé sur place, a visité bon nombre de distilleries et a choisi les trois plus intéressantes pour nous en faire profiter, ici en Europe.
Il y a déjà eu deux "batchs" (deux millésimes en quelque sorte), un en 2012 et un en 2013 pour chacun des trois (Sajous, Vaval et Casimir). Il s'agit ici du clairin Sajous 2013.
Je l'avais beaucoup aimé dans sa version 2012, très fraîche, sur le jus de canne et les agrumes.
Son petit frère est moins net, moins précis. Il se rapproche un peu du Vaval batch 1 mais sans être aussi attractif à mon goût. Il reste très expressif, trait commun à tous les clairins et reste un très bon rhum. Si vous n'avez jamais dégusté ces clairins, foncez, ils valent le détour.



To be continued...