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dimanche 9 octobre 2016

Mon Rhum Live 2016 - partie 2


Nous avoilà donc à la seconde partie, la seconde journée et la seconde série de dégustations de ce Whisky Live 2016 à Paris.

Elle s'est pour ainsi dire exclusivement passée dans la partie VIP (pas de VIP le lundi donc ouverte à tous). C'est là qu'étaient disponibles les rhums (et autres joyeusetés à haut degré d'alcool) embouteillés pour les 60 ans de la Maison du Whisky ; et il y en avait un paquet. Trop pour pouvoir prendre des notes exhaustives et détaillées pour chacune de ces bouteilles. Je vais donc être très rapide sur certaines et un peu moins sur d'autres. La manière dont j'ai fonctionné ici était plus au coup de cœur et moins à l'analyse.
Aller, on s'y jette (et on s'en jette un petit par la même occasion).

Commençons par cette gamme, qui a fait soulever plus d'un sourcil de curieux : Transcontinental Rum Line. Sur le papier, pas mal du tout : du brut de fût à petit tirage sur des distilleries connues. A noter qu'elle se compose de six rhums mais que le Diamond avait disparu dans d'atroces souffrances la veille.
Nous suivons l'ordre de dégustation conseillé par la personne de l'autre côté du comptoir et débutons donc par le Panama 2010. Et ne passons pas trop de temps dessus, je ne lui ai rien trouvé d'intéressant, si ce n'est peut-être son côté fumé sur la finale. Voilà, voilà...

Second arrêt de cette croisière rhumesque, la Jamaïque, mais une Jamaïque à tendance gourmande (surtout au nez) et par trop typée, avec le Worthy Park 2006. La poire et la banane sont assez impressionnantes au nez. En bouche, il est plus sec que l'on pouvait s'y attendre et l'alcool est assez présent. La finale est à dominante empyreumatique et je lui ai trouvé une touche... fromagère, ben ouais. Pas mal ce rhum.

On part ensuite en Guyane Anglaise et donc dans la région du Demerara, avec cet Uitvlugt 1998. Je n'aurais pas du tout reconnu de quoi il s'agissait à l'aveugle. Empyreumatique et végétale et une finale sur un brûlé assez sympa. Ouais bon, ne casse pas trois pates à un canard.

Et hop, retour en Jamaïque mais cette fois-ci chez Hampden, avec ce millésime 2000. Un nez très lacté et très Hampden. En bouche, lui aussi est végétal et légèrement piquant. La finale est très longue sur des notes grillées en plus des autres arômes. Il se défend, surtout son nez.

Dernier arrêt à la Barbade pour un... Foursquare 2006. Et oui, encore un. Il ne déroge pas à la règle : c'est bon sur les arômes habituels, cependant il m'a donné l'impression d'avoir un alcool un peu trop présent en bouche.

Au final, une série qui ne m'aura pas conquis dans son intégralité.


Deux embouteillages de chez Berry's ensuite avec un Monymusk (Jamaïque) et un Demerara (Guyana), sans plus de précision sur l'alambic utilisé.
Je passe rapidement dessus car ni l'un, ni l'autre ne m'ont emballés. Ils ne sont pas mauvais mais ne proposent rien de nouveau et je ne leur ai pas trouvé une réelle identité.


Un petit passage en Haïti, car même s'il n'y avait pas de nouveau batch de clairin, un nouveau clairin était disponible : un blend des trois (Sajous, Vaval et Casimir), réduit à 45%. Franchement je n'en attendais pas grand-chose étant donné que pour moi chacun de ces "rhums" d'Haïti a sa propre identité, je me suis demandé "pourquoi les gâcher en les mélangeant ?". Eh bien, cela a été une agréable surprise. Nous avons des marqueurs inimitables des clairins et on se prend même à chercher (voire à trouver ^^), l'influence de l'un et de l'autre... Pas mal !


Deux Rum Nation "Small Batch" de Guyana : un Enmore et un Diamond.
Le Enmore ne m'a pas plu avec son manque de chaleur et de gourmandise (typique vieillissement continental, dans ce qu'il n'a pas de meilleur).
Le Diamond, en revanche a deux visages : un nez gourmand sur le caramel, le bois, la réglisse et un léger tabac et une bouche très différente sur des notes fumées. Intéressant.


Petite escapade chez les agricoles pour continuer, avec Neisson, Bally et Bielle.


Neisson, d'abord, avec deux 2007, l'un embouteillé avec la Maison du Whisky et l'autre avec Velier (et une différence de 0.1%). Ils sont bons, mais je n'ai pas eu de coup de cœur, comme par exemple sur le 2004 de l'année dernière. Un tout petit mot quand même ; le LMDW est assez porté sur la noix et m'a fait penser (en moins bien) au Single Cask 2004 japonais. Le Velier est plus expressif mais sans être meilleur. Au suivant.


Et le suivant c'est un rhum qui avait déjà fait couler pas mal d'encre avant d'être dégusté. Un Bally 1998 brut de fût - le premier brut de fût de la maison martiniquaise. Ajoutez à cela que c'est un millésime 1998 - année dite exceptionnelle dans la région - et vous avez un buzz.
Le nez m'a vraiment beaucoup plu, un très beau nez d'agricole sur les épices, le tabac et les fruits à coque. Malheureusement j'ai trouvé la bouche et la finale en dessous avec un peu d'astringence et un boisé trop marqué. Dommage, le début promettait tant...


Le Bielle enfin. Je ne dirais que ceci : j'aurais cru à un Libération à l'aveugle. Et ça, ça veut dire beaucoup et en bien ! :)


Pas le temps de dire "ouf" que l'on repart avec un autre embouteilleur indépendant : Silver Seal.
Là aussi, deux rhums. Un Uitvlugt d'abord. Encore un qui ne m'a pas fait vibrer ; là aussi rien de nouveau ou d'intéressant. Un Hampden ensuite, bien typé, avec son lot de fruits pourris, de touche acide, de tabac et de solvant. Malheureusement, il manque de gourmandise à mon goût, ce qui m'empêche de l'apprécier pleinement.
Ce qui n'est pas le cas du Hampden de chez Habitation Velier (l'officiel, pas celui pour les 60 ans de LMDW, que je n'ai pas goûté), qui est tout simplement une bombe et peut-être même le meilleur jamaïcain que j'ai pu déguster ! Intense, gourmand, extrême, long, complexe... Une tuerie.


Une des dernières étapes se passe à la Réunion, avec la distillerie Savanna et deux nouveautés, les deux ayant subi une très longue fermentation puisqu'il s'agit de rhums grand arôme.
Le blanc est un grand arôme brut de fût à 57% dans la série des Lontan. Comme on peut s'y attendre le nez est extrêmement expressif sur des arômes de pomme, de caramel brûlé et un côté épicé/médicinal. Pas vraiment gourmand mais très intéressant de par son intensité. Cette gourmandise va venir ensuite en bouche de manière très agréable.
La "vraie" nouveauté est le vieux, qui est le premier de la série HERR (High Ester Rum Reunion), un brut de fût, qui a été conçu de manière à être le plus "extravagant" possible. Je ne me suis pas encore renseigné sur les détails de production, mais de ce que j'en sais, c'est une sorte de "très grand arôme" (terme qu'il va falloir que je pense à déposer :p).
Ce truc est juste un ovni ! Des arômes hyper intenses et pour ainsi dire jamais rencontrés, de cette manière, auparavant. Ce qui m'a le plus frappé, c'est la fraise et la cerise, qui ne m'avaient jamais sautées au nez de cette manière. Il y a beaucoup d'autres choses là-dedans et le résultat est unique et la longueur hors du commun (mieux vaut finir une dégustation par cette chose ^^). Il n'a pas fait l'unanimité mais n'a laissé personne indifférent. Personnellement ce n'est pas mon truc.


Pour finir (ou presque), allons en Thaïlande avec le rhum blanc pur jus que vous connaissez déjà, le Chalong Bay. Je l'aime bien ce rhum Thaï, très jus de canne mais avec beaucoup de douceur. Il y a de la nouveauté chez eux aussi avec trois rhums infusés. Cette infusion se fait lors de la distillation avec les vapeurs des herbes et épices (locales) en question. J'ai fait l'impasse sur la cannelle (je n'aime pas ça) mais ai goûté le basilic thaï et la citronnelle, deux herbes aromatiques que j'aime beaucoup.
Le citronnelle est très marqué par cette herbe, voire trop. Elle domine clairement le rhum. Le goût est cependant bien franc et pas déplaisant, sans doute plus pour cocktails selon moi.
Celui au basilic thaï en revanche est super bien mesuré et offre la fraîcheur et le goût anisé de cette herbe sans masquer le rhum, que ce soit au nez ou en bouche ; la finale est même dominée par le rhum. Une curiosité réussie selon moi.


C'est en fini des rhums mais je ne pouvais fermer ce nouveau chapitre Whisky Live sans vous parler d'un whisky qui m'a marqué, et je n'étais pas le seul, loin de là !
La dernière destination sera donc le Japon avec la maison Nikka. Plus précisément un Single cask Coffey Grain brut de fût de 1995. C'est bien simple, tous les gens qui y ont goûté (et il y avait de sacrés palais) ont cru qu'il s'agissait d'un rhum. Mais attention un rhum qui serait dominé par une noix de coco super gourmande et complétée par un boisé léger et des notes discrètes de tabac (ça peut faire penser à des rhums de Belize voire de la Barbade). Cette noix de coco a conquis tous les dégustateurs. Une très belle découverte !



Cette fois-ci s'en est fini, j'espère que vous aurez apprécié le voyage en ma compagnie :)



Retrouvez la première partie ici-même.

dimanche 2 octobre 2016

Mon Rhum Live 2016 - partie 1




Les dates du Whisky Live à Paris cette année ne sont pas bien tombées ; j'avais un week-end avec des amis en Bourgogne, week-end qui a été loin d'être de tout repos.
Du coup, je fais une croix sur le samedi et pense y passer environ deux heures le dimanche, avant de pouvoir y passer plus de temps le lundi.
Ça, c'est mon plan. Pas franchement étoffé comme plan mais c'est tout ce que j'ai.

C'est dans un triste état de fatigue très avancée, que j'arrive donc dimanche à la Cité de la Mode et du Design dans le 13ème arrondissement de Paris, là où tout va se passer.
Je retrouve mon camarade de crime à l'intérieur et direction l'espace rhums, qui fait plus ou moins la même taille que l'année passée et on y retrouve les mêmes acteurs.
Je n'ai qu'un billet découverte, donc pas d'espace VIP ou de bar collector pour moi cette année (je me suis rattrapé le lundi, rassurez-vous, puisque l'espace réservé aux acheteurs de billets à plus de 100€ sur le w-e, est ouvert à tout le monde lors de la journée réservée aux professionnels).

Et là comme d'hab, on se pose la question : "On commence par quoi ?". Bien qu'il soit tentant de tester les nouveaux Caronis de Velier, cela ne semble pas être le plus avisé d'un point de vue survie des papilles.
On ml'a donne, que je ne sais pas quoi faire avec :x
Et c'est là qu'on tombe sur un rhum inconnu au bataillon, à consonance hispanique. Bon, ça n'augure pas grand-chose de bon, vous connaissez mes goûts, mais ça se tente. Ah ben non en fait, ça ne se tente pas vraiment, ce rhum cubain, qui répond au nom de Pacto Navio, ne présente à peu près aucun intérêt. Voilà vraisemblablement un rhum de plus distillé à très haut degré d'alcool auquel des arômes ont été rajoutés.
Bref, comment bien commencer mon expérience Whisky Live...

Je me dirige ensuite vers le stand Plantation, afin de rester sur des bouteilles à faible degré d'alcool. Mais voilà, c'était sans compter sur une nouveauté de la maison Ferrand : la gamme Extrême. Il s'agit en fait de single casks brut de fûts. Ma première réaction a été : "Voilà une bonne chose que Plantation se mette à faire ça en plus de leur gamme habituelle."
Cela s'est-il vérifié à la dégustation ? Eh bien plutôt, je dois dire. Ils n'ont pour l'instant que deux références (pas encore commercialisées) : un Barbade et un Sainte Lucie.
Le premier est un Foursquare, et comme tous les autres Foursquare brut de fûts de que j'ai pu goûter, c'est bon. Ils se ressemblent sensiblement les uns les autres et sont donc tous agréables, sans être révolutionnaires. Nous avons donc de la vanille, de la coco, du tabac, du bois et un côté grillé ; ça fonctionne bien.

Le Sainte Lucie est lui plus atypique et je n'aurais jamais pensé à cette île à l'aveugle. Le nez est sur des notes empyreumatiques à tendance fumée. La bouche, sèche, reste sur cette même impression mais une certaine gourmandise apparait sur la finale où la vanille vient troubler son profil assez monolithique. Intéressant car atypique mais ce n'est pas trop mon truc, je trouve qu'il lui manque quelque chose.

Après une intéressante conversation avec Alexandre Gabriel sur la transparence dans les spiritueux, nos pas nous mènent vers nos Antilles Françaises.


Ici version verte : brut de colonne 
C'est en Martinique que nous nous arrêtons, chez Neisson, petite distillerie dont il n'est plus nécessaire de faire l'éloge (Même si ce n'est pas si simple ; pour moi les blancs et les très (très) vieux et/ou les millésimes valent le coup, mais leur gamme de vieux "basique" je n'accroche pas du tout).

Nouveauté cette année, le premier blanc agricole bio ! Il n'y a pour l'instant que très peu de bouteilles, étant donné que les parcelles ayant reçues le label bio sont encore bien petites. Ils ont la volonté d'augmenter la surface dédiée à la culture de canne bio mais cela demande beaucoup de temps et pas mal d'argent.
Bref, ce tout nouveau rhum blanc est pour l'instant disponible en deux versions, à 66% et à 55%.
Seule la version brut de colonne étant disponible, nous demander à la goûter.
Quel nez ! La canne dans toute sa richesse. Des arômes terreux, légèrement huileux, végétaux et une légère acidité viennent complimenter cette canne fraîche. Vraiment magnifique. A noter que mon frère lui a trouvé un franc côté "légume vert bouilli", du genre épinard (non il n'était pas bourré, en tout cas pas encore :p).
Malheureusement, la suite de la dégustation n'est pas au niveau (il faut dire qu'il n'est pas aisé de rester aussi haut). L'alcool est incroyablement bien intégré mais ce rhum se fait moins expressif en bouche et sur la finale, qui n'en est pas moins très longue.

J'ai alors eu comme une soudaine envie d'aller déguster l'Intense de Karukera (le stand étant tout proche), afin de comparer ces deux rhums blancs pur jus. Eh bien là où le nez est clairement un cran en dessous, la bouche est en revanche plus explosive. Il est aussi un peu plus simple que le Neisson.
Conclusion : oui ce sont deux grands rhums blancs mais aucun des deux n'est parfait et vous devrez y goûter pour trouver votre préféré.

Comme nous étions sur le stand Karukera, il était tout naturel de déguster leurs deux nouveautés : un millésime 2008 et un 2009.
Ce 2008 a connu un double vieillissement, d'abord dans des fûts neufs, de manière assez courte (je ne saurais dire combien de temps exactement), ce qui va apporter des tannins. C'est ensuite qu'il sera mis en fût de Cognac pour la plus grande partie de son vieillissement.
Au nez, il est délicat sur l'amande et la réglisse. En bouche la texture est veloutée et il est assez fin ; on y trouve à nouveau de la réglisse mais aussi du sucre roux. La finale est longue et apporte un côté torréfié et fumé. Pas mal ce rhum ma foi.

Du nouveau chez Karukera
Le 2009 (Select Casks) est un assemblage de 13 fûts (tous ayant contenu du cognac au préalable). A noté qu'il sera disponible à 45% alors que la bouteille présentée au salon était, elle, à 55%.
Au nez, nous avons bien un rhum pur jus, sur les fruits à coque, les épices douces, le noyau de cerise et le bois. Il est bien équilibré même si l'alcool se sent. En bouche malheureusement, je l'ai trouvé trop sur l'alcool justement, alors que la finale est longue et dominée par le bois.
Moi qui suit normalement nettement en faveur des versions brut de fût, j'ai été intéressé de voir que ce rhum gagnerait sans doute à être réduit à 45%.


Voilà les belles !
Et c'est alors que, la journée approchant de la fin, nous sommes allés voir Velier et ces nouveaux caronis dont tout le monde parle.
Le "ciao" obligatoire à Daniele et c'est parti.
La version réduite à 57.18% pour commencer - à noter que ce degré d'alcool correspond au degré traditionnel des navy rums qui étaient emportés sur les bateaux de la marine britannique, en deçà duquel la poudre à canon qui en aurait été imbibée n'aurait plus été inflammable.
Un nez très gourmand qui offre des arômes de vanille, de fruits à coque (noix et amande), ainsi que du caramel et une discrète, très discrète empreinte caroni.
Et là je me retrouve comme un benêt puisque je n'ai pas écrit de commentaire sur le bouche dans mes notes :x Mais on va faire comme si de rien n'était et continuer.
La finale, elle, est un tantinet plus caroni mais toujours gourmande avec ses notes de vanille et de sucre roux.

La version full proof - à 70.1% tout de même - sera le prochain rhum sur la liste et le dernier pour cette journée.
On y retrouve la même gourmandise au nez, mais elle est ici encore exacerbée : une pâte à gâteau à la vanille et aux éclats de fruits à coque... Un régal pour les narines (à condition de ne pas enfourner le nez dans le verre). Ce que l'on a en plus du réduit, ce sont de discrètes notes torréfiées et de tabac. Très très agréable et délectable.
La bouche se fait plus Caroni que le nez ou que la bouche de la version à 57% (d'après ce que j'ai écrit, mais comme je n'ai rien écrit pour la bouche de ce dernier il ne me reste plus qu'à me faire auto-confiance, on n'est pas dans la panade... ^^).
La finale, est bien entendu interminable et associe typicité caronienne et gourmandise avec surtout la vanille, qui contrairement à d'autres caronis, est ici loin d'être écœurante.


C'est là que je m'arrête pour cette première partie. Restera tous les rhums des 60 ans de la Maison du Whisky plus quelques autres. Et ça en fait un paquet...


dimanche 3 juillet 2016

Les dégustations : En compagnie... des Indes - partie 2


La sélection cette semaine (sans oublier le petit dernier de la photo de groupe de la semaine dernière)


Nous revoilà pour remettre ça en compagnie... des Indes (j'ai trouvé cette blague mauvaise dès le départ, seul le comique de répétition peut désormais me sauver !). C'est donc reparti et on y va avec le blanc de l'embouteilleur, relative nouveauté puisque déjà présenté il y a quelques mois lors du Rhum Fest. 



Pas qu'un joli chapeau :P
Compagnie des Indes - Tricorne

Pour vous en parler, je commence par me citer (cet article) - oui je vous entends d'ici "Comment il se la pète lui ! Pour qui se prend-il ? Il s'auto-cite, où va-t-on ?". Oui ben ça va hein, je vous emmerde mes p'tits potes, je fais bien ce que je veux.
Et donc je me cite:
"Il s'agit d'un blend entre rhum de mélasse (environ 55%), rhum pur jus de canne (40%) et arrack d'Indonésie (d'une certaine manière l'ancêtre du rhum dont la principale différence d'élaboration est l'ajout de riz rouge pendant la fermentation - 5%)."

Au nez, je confirme ma première impression, il est expressif, frais et vif. Il ne fait que 40 degrés mais on pourrait le croire un peu plus puissant. Et là, quelque chose qui ne m'avait pas sauté aux narines lors du Rhum Fest : la mûre. C'est cet arôme fruité qui domine. Ce n'est que bien après et bien plus discrètement que l'herbe, le poivre et le citron se font sentir.

En bouche, il est très légèrement sucré et la texture est agréable. La banane apparaît mais c'est toujours la mûre qui est au premier rang. L'équilibre se créé.

La finale est relativement courte mais soutenue. Elle est même explosive sur la fin de bouche, sur les épices.

Je l'aime bien ce blanc (cette mûre !), dommage que la finale soit un peu courte.



Il nous reste deux pays à explorer et pas des moindres : la Jamaïque et Trinidad.
Commençons par ce dernier.

Sur la photo la semaine dernière
Compagnie des indes - Trinidad 16 ans
Trinidad mais pas Caroni, ce rhum-ci est issu de la distillerie qui produit Angustura. Attention c'est un des rares bruts de fût que l'embouteilleur français propose sur le marché français (contrairement à ses rhums destinés au marché danois) - 63 degrés quand même.

Au nez, oui je confirme c'est un brut de fût et il ne faut pas y jeter les narines trop soudainement.
Les arômes sont intenses, c'est avant tout la vanille (très grasse) qui saute au nez, les notes secondaires (mais qui se défendant bien), sont la cendre et le pruneau. Un mélange pas inintéressant.

Au bouche, l'attaque est crémeuse et presque douce. L'alcool n'arrive que dans un second temps mais sans mettre votre bouche en feu. Ce sont cette fois-ci les notes empyreumatiques cendrées qui sont au premier plan. Le pruneau et la vanille restent présents.

La finale est au croisement entre les notes cendrées et vanillées. Ce mariage étonnant et intense, va vous tenir compagnie un bon moment.

J'ai été très surpris de me trouver sur un rhum de chez Angustura aux arômes cendrés (non sans rappeler les rhums de l'autre distillerie de l'île, désormais fermée).



Justement, si nous parlions du rhum issu de cette distillerie fermée : Caroni.

Encore un Caroni !
Compagnie des Indes - Caroni 22 ans.
Il est proposé à un degré inhabituel, qui peut faire mouche, 48°.

Au nez justement, on sent la puissance et il n'est pas superflu de le laisser un peu tranquille dans le verre avant de vous y aventurer. Les fruits exotiques mènent la danse, la banane, l'ananas et le fruit de la passion. Pas de Caroni surpuissant au goudron caoutchouté ici, la colonne vertébrale de la distillerie se manifeste sous forme de notes fumées, relativement discrètes.

En bouche, l'alcool se fait aussi sentir et ce rhum est sec. Là non plus, pas d'explosion d'arômes, qui sont étroitement liés les uns aux autres. Les fruits disparaissent et laissent place à cette présence fumée, ainsi qu'à une touche médicinale et épicée.

La finale est longue (pas vraiment une surprise quand on connait ces rhums) mais pas aussi monolithiquement intense que d'autres Caroni. Les arômes de fumée, de vanille et une légère amertume sont tout en retenue.

J'ai été désarçonné pas ce Caroni, étant plus habitué à des bombes trinidadiennes qu'à de vieilles dames poudrées - oui là j'exagère carrément.


Rendons-nous désormais à la Jamaïque et ses rhums "funky" !

Deux nous sont proposés, issus de deux distilleries différentes : Hampden et Long Pond. Débutons par ce dernier.


Etiquette abimée, en plus de photo pourrie
Compagnie des Indes - Long Pond 12 ans
Au nez, ouhlala ce que j'aime ça. Si je devais le définir en deux mots : Jamaïque et gourmandise.
*Fin de la note de dégustation*
Je blague, nous allons rester un peu plus longtemps en compagnie... des Indes (je ne lâche pas l'affaire).
Et donc un peu plus en détails, nous sommes bien en Jamaïque avec les arômes solvant/colle/polycopié (oui je sais ça ne fait pas rêver et je ne pense pas que les jamaïcains "puants" soient faits pour les débutants, mais quand on commence à les apprécier, alors là c'est le pied !) et bien sûr la banane très mûre. C'est le côté pâtissier, qui vient ensuite, qui apporte la gourmandise : vanille et pâte à gâteau. Une légère note végétale vient compléter ce profil pour un nez bien équilibré.

En bouche, l'alcool est juste. Ce rhum est plus sec et moins gourmand qu'au nez. Je lui ai trouvé un léger manque de présence, même s'il est tout de même agréable avec ses notes pâtissières et grillées. Les notes de solvant/colle/polycopié (également appelé "le trio qui tue") impactent légèrement l'ensemble.

La finale est longue, en dépit de sa relative perte de concentration après une minute. Ces sont les notes grillées, voire brûlées, qui prennent de plus en plus de présence. Les épices remportent la seconde place.

Je ne connais pas autant que j'aimerais Long Pond, même si j'aime beaucoup de manière générale. Celui-ci a un super nez mais une bouche un peu en deçà. Ca reste un Long Pond, donc c'est bon ^^




J'ai un souvenir d'un autre Hampden de Silver Seal
Passons maintenant à la distillerie Hampden, réputée pour produire des rhums jamaïcains parmi les plus typés !

Au nez, le doute n'est pas permis : la Jamaïque, et ça sent le pot still. Vous allez trouver le trio qui tue et la banane bientôt pourrie. Mais là où le précédent n'offre pas tellement de complexité, celui-ci offre des notes crémeuses, ainsi que d'autres fruits (pomme et poire). Pour finir une double note herbeuse et thym.

Là aussi l'alcool est très bien dosé. La différence principale avec le nez est que les arômes secondaires diminuent ou disparaissent, tandis que des notes brûlées et de fruits secs apparaissent.

La finale est très longue et les notes empyreumatiques sont intenses et associées à la banane. Le beurre refait une apparition un peu plus timide et une impression d'amertume vient conclure la toute fin de dégustation.

Encore un jamaïcain qui ressemble à un jamaïcain, ce qui me plait. Maintenant il n'est pas évident de faire son choix parmi toutes ces distilleries et tous ces embouteillages... Il faut goûter ! Une bien pénible tâche ;)



Beaucoup de choses, beaucoup de possibilités, beaucoup de profils différents et donc beaucoup d'amateurs qui seront comblés, même si pas par les mêmes rhums :)

C'est ainsi que notre périple gustatif en compagnie... des Indes (désolé) s'achève.


Vous pouvez retrouver la première partie de ces dégustations ici-même.

mercredi 22 juin 2016

Les dégustations : En compagnie... des Indes - partie 1


Ils ne seront pas tous dans le premier article parce que quand même, faut pas déconner, non mais oh, ça commence à bien faire !

Compagnie des Indes est un embouteilleur indépendant français, qui nous propose, depuis une paire d'années, bon nombre de singles casks ainsi que quelques blends.

Je vous propose de vous familiariser avec cette marque au travers de quelques notes de dégustations de leurs nouveautés.



Je sais, ce n'est pas une nouveauté :P
Mais débutons par un de leur classique, un des blends, qui, avec d'autres, constituent la colonne vertébrale de leur marque.

Compagnie des Indes - Caraïbes
Comme je le disais, il s'agit d'un blend, les trois rhums qui le composent viennent de la Barbade, de Guyane Anglaise et de Trinidad. Le vieillissement se fait pour partie sous les tropiques, puis en Europe. A noter qu'il y a (de manière assumée et annoncée) du sucre ajouté.

Au nez, nous sommes bien dans les anciennes colonies anglaises, avec un profil relativement lourd et expressif ; une certaine douceur l'accompagne.
Peut-être du fait de sa nature plurielle, il nous offre un bon nombre d'arômes, entre les fruits (surtout orange et abricot), de la vanille, qui va aller en prenant de plus en plus de place, un boisé mesuré, puis plus en retrait des notes de cuir et enfin, au dernier rang, une touche d'olive.
C'est complexe et gourmand mais pas très fin.

En bouche, on sent le sucre ajouté de par la douceur qui s'en dégage et sa texture est relativement "épaisse". Une bonne partie des arômes trouvés au nez sont également présents ici : fruits mûrs, cuir, vanille et toujours cette discrète olive. C'est gourmand et un peu plus de fraîcheur lui serait profitable.

La finale est assez longue, l'impression sucrée demeure. Les arômes qui vous accompagnent sont à nouveau sur la vanille, un boisé léger et ce mélange cuir-olive.

Voilà un rhum qui, à mon avis, permet de se frotter aux rhums de tradition anglaise, lorsque l'on vient du monde des rhums plus doux et le plus souvent de tradition espagnole. Oui, il a des défauts à mon goût, mais pour son prix, il fait le job !



Un mariage "contre nature"
Passons maintenant aux nouveautés, avec pour commencer, un autre blend pour le moins surprenant. Il associe deux pays qui n'ont que peu en commun dans le monde du rhum : la République Dominicaine et Trinidad.

Compagnie des Indes - Dominidad
Oui, vous avez compris : Dominicaine + Trinidad = Dominidad (ou Trinicaine mais je dois bien dire que ça sonne moins bien ^^).

Au nez, ce mélange semble porter ses fruits puisque là aussi c'est inédit : arômes légers et frais d'un côté et plus lourds de l'autre. Des fruits frais (pèche et melon) mais aussi du citron (très présent) sont aux côtés de notes fumées et d'un petit quelque chose d'iodé.

En bouche, l'alcool est un peu plus présent mais de manière mesurée. C'est son ascendance dominicaine qui domine ici avec des arômes légers. En outre, sa fraîcheur et son côté salin se confirment.

La finale est très différente de la bouche ; les notes empyreumatiques (fumées) reviennent et sont accompagnées de sucre brûlé. L'ensemble persiste longtemps.

Une création atypique mais pas dénuée d'intérêt où le nez surprend, où la bouche est un peu à la traine et où la finale est d'un seul bloc.



Oui les étiquettes ont pâti de leur périple en mer :P
Allons maintenant faire un tour en Guyane Anglaise et ses nombreux alambics. Celui qui nous intéresse est le Diamond et plus précisément son expression vieillie 12 ans et embouteillée par... surprise, Compagnie des Indes.

Au nez, il n'est pas timide avec un pruneau très expressif, légèrement voilé par des touches de vernis. Mais c'est bien plus complexe que cela : la mélasse et son côté réglissé exacerbe le pruneau tandis que des arômes de café, de bois et de noix apparaissent. Il est épargné d'excès de lourdeur par des notes de zest d'orange qui lui apportent une fraîcheur bienvenue. Pour finir, une pointe d'olive parvient à sa frayer un chemin au travers de tout le reste.

En bouche, il est sec et plus boisé, et l'alcool est bien dosé. Moins de complexité ici, avec une nette domination de la mélasse.

La finale assèche un peu la bouche de par son boisé et ses arômes sont chauds avec toujours une belle présence de cette réglisse/mélasse. Il offre une bonne persistance.

Il est intéressant ce Diamond, surtout son nez où il se passe beaucoup de choses. Pour moi il pèche ensuite par sa simplicité, mais permet de découvrir ce genre de rhums.


Oeil-vlourt

On reste en Guyane Anglaise mais on passe à un autre alambic avec son nom improbable (pour ne pas dire imprononçable) : Uitvlugt. Un rhum âgé de 18 ans.

Au nez, il est expressif et intense. On retrouve des caractéristiques de la Jamaïque (nous n'y sommes pourtant pas) mais pas seulement : la papaye très mûre, la poire et le poivre viennent s'y ajouter. Tout à fait intéressant.

En bouche, l'alcool se fait remarquer mais sans pour autant déséquilibrer l'ensemble. Le vernis revient, alors qu'un aspect végétal apparaît. Le poivre devient plus intense et certains fruits détectés au nez nous accompagnent.

La finale est très longue et continue à nous faire penser à un rhum de Jamaïque, avec des arômes torréfiés en plus.

Encore un rhum qui ne démérite pas, à l'intersection de la Guyane Anglaise et de le Jamaïque.



Et voilà, je vous avais pourtant dit que tous les rhums de la première photo n'apparaitraient pas dans ce premier article, alors ne faites pas vos étonnés

On termine donc cette série de quatre et nous en retrouverons dautres prochainement :)


dimanche 29 mai 2016

Vous n'auriez pas La Mauny ?


Ben si justement, ça tombe bien, la voilà.

Donc oui, une soirée passée "chez" La Mauny jeudi soir. Merci Jerry pour l'invitation !
L'occasion de déguster une nouvelle fois leur gamme, de rencontrer d'autres amateurs et de manger du homard, ben ouais je suis comme ça moi !

Une petite serre du plus bel effet
Très joli lieu choisi par la distillerie, vers le bas des Champs Elysées.
J'arrive à l'heure dite, me demandant à quoi ce genre de soirée ressemble et si je risque de me sentir un peu seul. Craintes qui vont s'avérer totalement infondées. Déjà à l'arrivée devant le restaurant/bar/salle de réception (oui j'ai un peu de mal à définir cet endroit ^^), je tombe sur deux camarades bien connus. Ce ne seront que les premiers, puisque je croiserai plus tard pas mal de confrères, ainsi que certains professionnels de ma connaissance.

Bar avec cocktails créés pour la soirée
Niveau organisation, c'était du joli : deux espaces, un intérieur, avec les endroits dégustation et un extérieur avec une fort sympathique terrasse où nous avons pu profiter de cette soirée presque estivale.

Ma soirée s'est déroulée en deux parties, une consacrée à la dégustation justement et une seconde aux cocktails et à tout le reste (il est même possible que les deux parties se soient un peu confondues à un certain moment ^^).


Je n'ai pas été aussi studieux que lors de salons, du coup voici mon court compte-rendu sur les rhums La Mauny et plus globalement la soirée.


J'ai naturellement commencé par les blancs, deux étaient disponibles, le 50° et le Ter' Rouj'.
Le premier ne vaut, pour moi, pas le détour ; je l'ai trouvé relativement acide (très citron) et quelque peu amère. Alors je sais il n'est pas fait pour être bu pur, mais il y a d'autres rhums blancs "de base" qui sont tout à fait appréciables seuls.

Le Ter' Rouj', qui m'avait laissé une impression modérée, a trouvé une grâce nouvelle à mes yeux. Je l'ai trouvé bien équilibré, vraiment sur la canne, assez floral - ce qui plait à beaucoup - et ses 45° sont bien dosés. Une redécouverte !

L'ambré est très sur la canne, c'est un des rhums vieillis 18 mois les moins marqués par le fût que j'ai pu goûter. Sans doute très bien pour des ti-vieux.

Le Signature ensuite, dont je vous ai déjà pas mal parlé, car il me plait beaucoup pour un 3, 4 ans. J'en sais un peu plus sur son vieillissement particulier. Comme indiqué sur la bouteille quatre fûts différents sont utilisés. La majeure partie du résultat final est principalement cognac et bourbon ; une partie du reste est âgée dans des fûts de Moscatel et l'autre partie en fûts de Porto. Le résultat est un VO qui se déguste seul.

C'était bon !
C'était très bon !
C'est à ce moment de la soirée que j'ai vraiment profité de la nourriture, il commençait vraiment à faire faim !
Petite parenthèse donc, pour vous parler non seulement des amuses bouches, variés et fraîchement préparés (boudins, sot-l'y-laisse, accras, samoussas, brochettes de thon cru et mangue, crevettes marinées et j'en passe), mais aussi de homard au barbecue et sa sauce vierge, et également pour le sucré, des brochettes d'ananas rôti et du riz au lait de coco et mangue. Tout était vraiment bon et en quantité suffisante pour rassasier les convives (et surtout moi :D).

Pour en revenir au rhum, je dois avouer avoir bu le XO avec plaisir mais sans y avoir prêté vraiment attention, honte sur moi...
Je me rappelle simplement qu'il y avait une différence notable avec le Signature (normal en même temps ^^).

J'ai pu goûter une nouvelle fois le Cuvée du Nouveau Monde, qui si je me souviens bien, est un blend de quatre millésimes : le 2005, le 1999, le 1998 et le 1979 (on ne connait pas les proportions).
Je le trouve meilleur que le 1998 mais en dessous du 1979. Son point fort est sa longueur. Le nez n'est pas mal non plus (même si je n'ai pas pu en profiter pleinement avec les odeurs de nourriture), en revanche la bouche dégage une certaine amertume qui m'a déplu. La bouche est pour moi l'étape la moins importante (car la moins longue), du coup, cela reste un rhum intéressant mais tout de même cher, entre 160€ et 200€ selon les vendeurs. Je lui préfèrerais nettement un millésime 1979, pour un prix relativement proche.

Pour finir, j'ai pris quelques planteurs, que j'ai trouvé très agréables, mais je n'y connais rien en planteur :D

Cette terreasse sera pleine deux heures plus tard !

Bref, une bien belle soirée, à plus d'un titre : liquide, solide, cadre, et bien sûr : joyeuse compagnie !



dimanche 15 mai 2016

Les dégustations : la collection rare des distillateurs limités de la Demerara


Titre alternatif : La traduction littérale c'est de la merde :D

Pour ceux qui n'ont pas encore compris, nous allons parler de la Rare collection de DDL ou Demerara Distillers Limited.

Des parfaites bouteilles à tester avec des échantillons !

Avant de passer à mes notes de dégustation, vous n'allez pas échapper à un petit laïus.
Pour commencer, comme vous le savez, je suis un fan des rhums de Guyane Anglaise embouteillés par Velier, sous l'égide de Luca Gargano. Des noms tels que Albion, Enmore ou encore Uitvlugt eh ben ça m'émoustille. Mais voilà, ces bouteilles (surtout les plus anciennes) deviennent très, mais alors très, dures à trouver, sans compter qu'il faut casser le livret A des enfants pour s'en acheter.
Histoire de faciliter encore l'obtention de ces bouteilles, l'accord entre Velier et DDL n'est plus. Luca Gargano n'a plus la possibilité d'aller "faire son marché" dans leurs chais de vieillissement pour faire ses embouteillages, du coup, pour faire simple : c'est la fin.

Mais est-ce vraiment la fin de ces rhums de Guyane Anglaise bruts de fûts à vieillissement intégral sous les tropiques ?

Eh bien oui !

*Fin de l'article*



Ben non, bien sûr que non :P

Nos amis de Demerara Distillers Limited ont eu la bonne idée de marcher sur les traces de Velier et de sortir des bouteilles dans un esprit similaire.
Les trois premières expressions sont sorties il y a quelques semaines, exclusivement en Europe.
C'est de ces trois rhums dont nous allons parler ce soir.



Un des rares Versailles sur le marché
On commence par le Versailles 2002.
Au nez, tout d'abord, il offre une impression de chaleur. Les fruits à coque, la noix et l'amande, comme passés à la poêle, frappent par leur magnitude. La mélasse dans un second temps, et ses accents de réglisse, vient comme enrober ces fruits à coque.
L’ensemble est très gourmand mais pas lourd (entre autre du fait de l’orange mais aussi de la menthe fraîche). Une pointe de café vient apporter une touche aromatique supplémentaire.

En bouche, l’attaque est équilibrée en dépit de ses 63%, l’alcool est présent bien sûr, mais son côté sucré vient le contrer. Là aussi, la noix et l’amande (toujours englués de mélasse réglissée) sont sur le devant de la scène.
Cette bouche est légèrement tannique et les notes torréfiées reviennent. Des touches de caramel font également leur apparition et augmentent encore son caractère gourmand.

La finale est très longue et on revient sur cette impression chaleureuse. Le café et la réglisse ne nous quittent pas. Le bois est également présent ainsi qu’une légère impression de caramel brûlé. L’ensemble est agréable, gourmand mais sans être écœurant grâce à sa relative fraîcheur.

Il est vraiment gourmand et pas seulement pas sa douceur. C'est aussi celui dont la finale est la plus longue, vraiment pas mal.



Plus intéressant que gourmand
Le Port Mourant 1999 maintenant.
Le nez est dense. La réglisse et l’anis prennent des proportions écrasantes. Suit d'assez près le boisé, lui aussi très présent. Viennent ensuite les fruits (orange en tête) et l’olive ; ces deux éléments ne sont pas franchement preuve de timidité non plus.
Pour finir une discrète note mentholée complète ce profil aromatique. L’alcool, bien qu’il tienne sa place, est bien intégré et porte les arômes sans prendre le dessus ou les masquer.

En bouche, intensité et concentration sont toujours au rendez-vous. Les marqueurs principaux détectés précédemment n'ont pas décidé de nous laisser tranquille. La réglisse et l’anis font jeu égal avec ce boisé (plus présent ici qu'au nez). L'olive et l'orange ne s'en laissent pas compter et tiennent leur rang.
L’attaque, bien que puissante et légèrement astringente, n’est pas dénuée d’une relative douceur.

La finale est plutôt longue mais complexe et changeante. Des notes empyreumatiques, des arômes de cuir, de réglisse et de menthol vous accompagnent depuis la fin de bouche jusqu'à la toute fin de la dégustation.

Un rhum qui offre une intensité hors du commun. Mêmes les arômes secondaires sont très puissants. C'est sans doute le moins gourmand des trois mais il n'en demeure pas moins une expérience intéressante.



Je suis amoureux du 1995 de Velier
Et nous finissons donc pas le Enmore 1993.
Au nez, gourmandise et complexité s'accordent. Les fruits sont très présents dans cet Enmore : abricot, pruneau et, un peu en retrait, la pèche, le tout a comme été confit dans le sirop. C'est dans un second temps que la noix et des notes torréfiées se manifestent.
L’alcool est extrêmement bien intégré, c’est assez bluffant.
On pourrait craindre l'ensemble un peu lourd, voire écœurant mais cela serait sans compter sur une fraîcheur bien présente qui permet à ce rhum d'être très équilibré.
Après une longue période de repos, des touches de tabac apparaissent mais surtout la banane qui devient de plus en plus présente (oui un fruit de plus ^^).

En bouche, l’alcool est bien plus présent qu’au nez et l’attaque est relativement douce, presque sucrée (l'un dans l'autre, cela offre une certain équilibre là aussi).
Seconde surprise, le boisé est très présent et prend même des accents tanniques. La fraîcheur demeure, voire même s'accentue.
Les fruits omniprésents et si agréables au nez sont malheureusement beaucoup plus discrets.

La finale est assez longue et toujours très marquée par le fût (et même légèrement amère). Le tabac, assez discret, nous accompagne, ainsi que de timides notes de sucre roux.

Ce nez... Ô ce nez... Malheureusement, cette gourmandise fruitée disparaît presque totalement en bouche puis sur la finale. Dommage :(



Voilà donc pour ces trois rhums aux profils très différents.

Je dois avouer qu'aucun des trois ne m'a totalement et entièrement convaincu. Cependant, nous avons : une gourmandise, une bête d'intensité et un nez magnifique.
C'est d'ailleurs sans doute le premier des trois qui m'a le plus plu.
Il y a une petite polémique sur la présence ou non de sucre ajouté à ce Versailles. Une mesure montrerait qu'il y a environ une quinzaine de grammes par litre de sucre ajouté mais Luca Gargano soutient qu'il n'y a eu aucun ajout, et ce n'est pas le genre à aller raconter des billevesées ce bon vieux Luca. Difficile donc d'en savoir plus mais en tout cas, il est bon :)

Quoi qu'il en soit, ces trois identités trouveront leur public à n'en pas douter.
J'espère deux choses pour un avenir plus ou moins proche : que ces bouteilles ne soient pas (trop rapidement) sujet à spéculation et que DDL nous en sorte d'autres encore meilleures, car après tout, ce n'est qu'une première tentative :)


dimanche 1 mai 2016

Putain, 2 ans !

Il n'y a pas que les rhums agricoles dans la vie...

Oui, cela fait maintenant deux ans que je vous saoule avec mes histoires perso.
D'un côté, je me dis que c'est assez court finalement et d'un autre côté, j'ai l'impression que cela fait déjà bien plus longtemps que ça. A tel point que j'ai du mal à me rappeler de "l'avant". C'est un peu idiot (je trouve), mais l'écriture du ce blog, intimement liée à mon expérience du Rhum, a été tellement intense et prenante, qu'elle fait désormais partie intégrante de ma vie.

Non seulement, comme je vous l'ai expliqué il y a un an, il m'a permis de vivre ma passion encore plus intensément mais il m'a aussi permis de rencontrer tellement de gens intéressants et passionnés.
Comme encore très récemment pendant le Rhum Fest à Paris. Je parle autant de certains professionnels (pour n'en citer que quelques-uns : Cédric Brément, Guillaume Ferroni, François Longueteau, Cyril  Lawson...) que d'autres amateurs comme moi.

Une seconde année également marquée par des lectures de plus en plus nombreuses sur la qualité dans le monde du Rhum ; ce que qualité veut dire, les dérives, les tentatives de mise en place de classification...
Tout le monde n'en est pas convaincu mais je suis persuadé que sans la mise en place et/ou l'application de certaines règles, le Rhum (oui ça fait beaucoup de Rhum avec un grand "R") ne pourra réellement évoluer de manière profonde et bénéfique.

C'est aussi une année où la "premiumisation" s'accélère, chaque marque veut avoir sa bouteille haut de gamme, sa carafe vendue à prix d'or.
C'est tout aussi vrai pour les rhums blancs que pour les vieux d'ailleurs.
Seulement voilà, sans les règles évoquées plus haut, compliqué (pour ne pas dire impossible) de connaitre la qualité de ces bouteilles et de savoir si elles valent leur prix.

J'avais aussi annoncé il y a un an que j'aurai moins de temps pour écrire et bien que ce soit vrai au vu du nombre d'articles écrits (quoi qu'il faudrait voir en fonction de la longueur des articles ^^), je vous ai quand même sorti 6 articles en un mois et demi - pour ceux qui sont nuls en maths, ça en fait un par semaine.

Deux ans durant lesquels, j'ai pu déguster, goûter, tester et boire énormément de choses ; tous les styles (mais pas trop de rons parce que bon faut pas déconner non plus :P), tous les âges, toutes les puissances, toutes les méthodes de distillation, toutes les matières premières... Et pourtant il en reste encore tellement à découvrir, et c'est tant mieux !
Cela devrait pouvoir m'aider à vous raconter ma vie pour encore quelques années ;)

... mais il y en a quand même de très bons ;)