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dimanche 9 octobre 2016

Mon Rhum Live 2016 - partie 2


Nous avoilà donc à la seconde partie, la seconde journée et la seconde série de dégustations de ce Whisky Live 2016 à Paris.

Elle s'est pour ainsi dire exclusivement passée dans la partie VIP (pas de VIP le lundi donc ouverte à tous). C'est là qu'étaient disponibles les rhums (et autres joyeusetés à haut degré d'alcool) embouteillés pour les 60 ans de la Maison du Whisky ; et il y en avait un paquet. Trop pour pouvoir prendre des notes exhaustives et détaillées pour chacune de ces bouteilles. Je vais donc être très rapide sur certaines et un peu moins sur d'autres. La manière dont j'ai fonctionné ici était plus au coup de cœur et moins à l'analyse.
Aller, on s'y jette (et on s'en jette un petit par la même occasion).

Commençons par cette gamme, qui a fait soulever plus d'un sourcil de curieux : Transcontinental Rum Line. Sur le papier, pas mal du tout : du brut de fût à petit tirage sur des distilleries connues. A noter qu'elle se compose de six rhums mais que le Diamond avait disparu dans d'atroces souffrances la veille.
Nous suivons l'ordre de dégustation conseillé par la personne de l'autre côté du comptoir et débutons donc par le Panama 2010. Et ne passons pas trop de temps dessus, je ne lui ai rien trouvé d'intéressant, si ce n'est peut-être son côté fumé sur la finale. Voilà, voilà...

Second arrêt de cette croisière rhumesque, la Jamaïque, mais une Jamaïque à tendance gourmande (surtout au nez) et par trop typée, avec le Worthy Park 2006. La poire et la banane sont assez impressionnantes au nez. En bouche, il est plus sec que l'on pouvait s'y attendre et l'alcool est assez présent. La finale est à dominante empyreumatique et je lui ai trouvé une touche... fromagère, ben ouais. Pas mal ce rhum.

On part ensuite en Guyane Anglaise et donc dans la région du Demerara, avec cet Uitvlugt 1998. Je n'aurais pas du tout reconnu de quoi il s'agissait à l'aveugle. Empyreumatique et végétale et une finale sur un brûlé assez sympa. Ouais bon, ne casse pas trois pates à un canard.

Et hop, retour en Jamaïque mais cette fois-ci chez Hampden, avec ce millésime 2000. Un nez très lacté et très Hampden. En bouche, lui aussi est végétal et légèrement piquant. La finale est très longue sur des notes grillées en plus des autres arômes. Il se défend, surtout son nez.

Dernier arrêt à la Barbade pour un... Foursquare 2006. Et oui, encore un. Il ne déroge pas à la règle : c'est bon sur les arômes habituels, cependant il m'a donné l'impression d'avoir un alcool un peu trop présent en bouche.

Au final, une série qui ne m'aura pas conquis dans son intégralité.


Deux embouteillages de chez Berry's ensuite avec un Monymusk (Jamaïque) et un Demerara (Guyana), sans plus de précision sur l'alambic utilisé.
Je passe rapidement dessus car ni l'un, ni l'autre ne m'ont emballés. Ils ne sont pas mauvais mais ne proposent rien de nouveau et je ne leur ai pas trouvé une réelle identité.


Un petit passage en Haïti, car même s'il n'y avait pas de nouveau batch de clairin, un nouveau clairin était disponible : un blend des trois (Sajous, Vaval et Casimir), réduit à 45%. Franchement je n'en attendais pas grand-chose étant donné que pour moi chacun de ces "rhums" d'Haïti a sa propre identité, je me suis demandé "pourquoi les gâcher en les mélangeant ?". Eh bien, cela a été une agréable surprise. Nous avons des marqueurs inimitables des clairins et on se prend même à chercher (voire à trouver ^^), l'influence de l'un et de l'autre... Pas mal !


Deux Rum Nation "Small Batch" de Guyana : un Enmore et un Diamond.
Le Enmore ne m'a pas plu avec son manque de chaleur et de gourmandise (typique vieillissement continental, dans ce qu'il n'a pas de meilleur).
Le Diamond, en revanche a deux visages : un nez gourmand sur le caramel, le bois, la réglisse et un léger tabac et une bouche très différente sur des notes fumées. Intéressant.


Petite escapade chez les agricoles pour continuer, avec Neisson, Bally et Bielle.


Neisson, d'abord, avec deux 2007, l'un embouteillé avec la Maison du Whisky et l'autre avec Velier (et une différence de 0.1%). Ils sont bons, mais je n'ai pas eu de coup de cœur, comme par exemple sur le 2004 de l'année dernière. Un tout petit mot quand même ; le LMDW est assez porté sur la noix et m'a fait penser (en moins bien) au Single Cask 2004 japonais. Le Velier est plus expressif mais sans être meilleur. Au suivant.


Et le suivant c'est un rhum qui avait déjà fait couler pas mal d'encre avant d'être dégusté. Un Bally 1998 brut de fût - le premier brut de fût de la maison martiniquaise. Ajoutez à cela que c'est un millésime 1998 - année dite exceptionnelle dans la région - et vous avez un buzz.
Le nez m'a vraiment beaucoup plu, un très beau nez d'agricole sur les épices, le tabac et les fruits à coque. Malheureusement j'ai trouvé la bouche et la finale en dessous avec un peu d'astringence et un boisé trop marqué. Dommage, le début promettait tant...


Le Bielle enfin. Je ne dirais que ceci : j'aurais cru à un Libération à l'aveugle. Et ça, ça veut dire beaucoup et en bien ! :)


Pas le temps de dire "ouf" que l'on repart avec un autre embouteilleur indépendant : Silver Seal.
Là aussi, deux rhums. Un Uitvlugt d'abord. Encore un qui ne m'a pas fait vibrer ; là aussi rien de nouveau ou d'intéressant. Un Hampden ensuite, bien typé, avec son lot de fruits pourris, de touche acide, de tabac et de solvant. Malheureusement, il manque de gourmandise à mon goût, ce qui m'empêche de l'apprécier pleinement.
Ce qui n'est pas le cas du Hampden de chez Habitation Velier (l'officiel, pas celui pour les 60 ans de LMDW, que je n'ai pas goûté), qui est tout simplement une bombe et peut-être même le meilleur jamaïcain que j'ai pu déguster ! Intense, gourmand, extrême, long, complexe... Une tuerie.


Une des dernières étapes se passe à la Réunion, avec la distillerie Savanna et deux nouveautés, les deux ayant subi une très longue fermentation puisqu'il s'agit de rhums grand arôme.
Le blanc est un grand arôme brut de fût à 57% dans la série des Lontan. Comme on peut s'y attendre le nez est extrêmement expressif sur des arômes de pomme, de caramel brûlé et un côté épicé/médicinal. Pas vraiment gourmand mais très intéressant de par son intensité. Cette gourmandise va venir ensuite en bouche de manière très agréable.
La "vraie" nouveauté est le vieux, qui est le premier de la série HERR (High Ester Rum Reunion), un brut de fût, qui a été conçu de manière à être le plus "extravagant" possible. Je ne me suis pas encore renseigné sur les détails de production, mais de ce que j'en sais, c'est une sorte de "très grand arôme" (terme qu'il va falloir que je pense à déposer :p).
Ce truc est juste un ovni ! Des arômes hyper intenses et pour ainsi dire jamais rencontrés, de cette manière, auparavant. Ce qui m'a le plus frappé, c'est la fraise et la cerise, qui ne m'avaient jamais sautées au nez de cette manière. Il y a beaucoup d'autres choses là-dedans et le résultat est unique et la longueur hors du commun (mieux vaut finir une dégustation par cette chose ^^). Il n'a pas fait l'unanimité mais n'a laissé personne indifférent. Personnellement ce n'est pas mon truc.


Pour finir (ou presque), allons en Thaïlande avec le rhum blanc pur jus que vous connaissez déjà, le Chalong Bay. Je l'aime bien ce rhum Thaï, très jus de canne mais avec beaucoup de douceur. Il y a de la nouveauté chez eux aussi avec trois rhums infusés. Cette infusion se fait lors de la distillation avec les vapeurs des herbes et épices (locales) en question. J'ai fait l'impasse sur la cannelle (je n'aime pas ça) mais ai goûté le basilic thaï et la citronnelle, deux herbes aromatiques que j'aime beaucoup.
Le citronnelle est très marqué par cette herbe, voire trop. Elle domine clairement le rhum. Le goût est cependant bien franc et pas déplaisant, sans doute plus pour cocktails selon moi.
Celui au basilic thaï en revanche est super bien mesuré et offre la fraîcheur et le goût anisé de cette herbe sans masquer le rhum, que ce soit au nez ou en bouche ; la finale est même dominée par le rhum. Une curiosité réussie selon moi.


C'est en fini des rhums mais je ne pouvais fermer ce nouveau chapitre Whisky Live sans vous parler d'un whisky qui m'a marqué, et je n'étais pas le seul, loin de là !
La dernière destination sera donc le Japon avec la maison Nikka. Plus précisément un Single cask Coffey Grain brut de fût de 1995. C'est bien simple, tous les gens qui y ont goûté (et il y avait de sacrés palais) ont cru qu'il s'agissait d'un rhum. Mais attention un rhum qui serait dominé par une noix de coco super gourmande et complétée par un boisé léger et des notes discrètes de tabac (ça peut faire penser à des rhums de Belize voire de la Barbade). Cette noix de coco a conquis tous les dégustateurs. Une très belle découverte !



Cette fois-ci s'en est fini, j'espère que vous aurez apprécié le voyage en ma compagnie :)



Retrouvez la première partie ici-même.

dimanche 2 octobre 2016

Mon Rhum Live 2016 - partie 1




Les dates du Whisky Live à Paris cette année ne sont pas bien tombées ; j'avais un week-end avec des amis en Bourgogne, week-end qui a été loin d'être de tout repos.
Du coup, je fais une croix sur le samedi et pense y passer environ deux heures le dimanche, avant de pouvoir y passer plus de temps le lundi.
Ça, c'est mon plan. Pas franchement étoffé comme plan mais c'est tout ce que j'ai.

C'est dans un triste état de fatigue très avancée, que j'arrive donc dimanche à la Cité de la Mode et du Design dans le 13ème arrondissement de Paris, là où tout va se passer.
Je retrouve mon camarade de crime à l'intérieur et direction l'espace rhums, qui fait plus ou moins la même taille que l'année passée et on y retrouve les mêmes acteurs.
Je n'ai qu'un billet découverte, donc pas d'espace VIP ou de bar collector pour moi cette année (je me suis rattrapé le lundi, rassurez-vous, puisque l'espace réservé aux acheteurs de billets à plus de 100€ sur le w-e, est ouvert à tout le monde lors de la journée réservée aux professionnels).

Et là comme d'hab, on se pose la question : "On commence par quoi ?". Bien qu'il soit tentant de tester les nouveaux Caronis de Velier, cela ne semble pas être le plus avisé d'un point de vue survie des papilles.
On ml'a donne, que je ne sais pas quoi faire avec :x
Et c'est là qu'on tombe sur un rhum inconnu au bataillon, à consonance hispanique. Bon, ça n'augure pas grand-chose de bon, vous connaissez mes goûts, mais ça se tente. Ah ben non en fait, ça ne se tente pas vraiment, ce rhum cubain, qui répond au nom de Pacto Navio, ne présente à peu près aucun intérêt. Voilà vraisemblablement un rhum de plus distillé à très haut degré d'alcool auquel des arômes ont été rajoutés.
Bref, comment bien commencer mon expérience Whisky Live...

Je me dirige ensuite vers le stand Plantation, afin de rester sur des bouteilles à faible degré d'alcool. Mais voilà, c'était sans compter sur une nouveauté de la maison Ferrand : la gamme Extrême. Il s'agit en fait de single casks brut de fûts. Ma première réaction a été : "Voilà une bonne chose que Plantation se mette à faire ça en plus de leur gamme habituelle."
Cela s'est-il vérifié à la dégustation ? Eh bien plutôt, je dois dire. Ils n'ont pour l'instant que deux références (pas encore commercialisées) : un Barbade et un Sainte Lucie.
Le premier est un Foursquare, et comme tous les autres Foursquare brut de fûts de que j'ai pu goûter, c'est bon. Ils se ressemblent sensiblement les uns les autres et sont donc tous agréables, sans être révolutionnaires. Nous avons donc de la vanille, de la coco, du tabac, du bois et un côté grillé ; ça fonctionne bien.

Le Sainte Lucie est lui plus atypique et je n'aurais jamais pensé à cette île à l'aveugle. Le nez est sur des notes empyreumatiques à tendance fumée. La bouche, sèche, reste sur cette même impression mais une certaine gourmandise apparait sur la finale où la vanille vient troubler son profil assez monolithique. Intéressant car atypique mais ce n'est pas trop mon truc, je trouve qu'il lui manque quelque chose.

Après une intéressante conversation avec Alexandre Gabriel sur la transparence dans les spiritueux, nos pas nous mènent vers nos Antilles Françaises.


Ici version verte : brut de colonne 
C'est en Martinique que nous nous arrêtons, chez Neisson, petite distillerie dont il n'est plus nécessaire de faire l'éloge (Même si ce n'est pas si simple ; pour moi les blancs et les très (très) vieux et/ou les millésimes valent le coup, mais leur gamme de vieux "basique" je n'accroche pas du tout).

Nouveauté cette année, le premier blanc agricole bio ! Il n'y a pour l'instant que très peu de bouteilles, étant donné que les parcelles ayant reçues le label bio sont encore bien petites. Ils ont la volonté d'augmenter la surface dédiée à la culture de canne bio mais cela demande beaucoup de temps et pas mal d'argent.
Bref, ce tout nouveau rhum blanc est pour l'instant disponible en deux versions, à 66% et à 55%.
Seule la version brut de colonne étant disponible, nous demander à la goûter.
Quel nez ! La canne dans toute sa richesse. Des arômes terreux, légèrement huileux, végétaux et une légère acidité viennent complimenter cette canne fraîche. Vraiment magnifique. A noter que mon frère lui a trouvé un franc côté "légume vert bouilli", du genre épinard (non il n'était pas bourré, en tout cas pas encore :p).
Malheureusement, la suite de la dégustation n'est pas au niveau (il faut dire qu'il n'est pas aisé de rester aussi haut). L'alcool est incroyablement bien intégré mais ce rhum se fait moins expressif en bouche et sur la finale, qui n'en est pas moins très longue.

J'ai alors eu comme une soudaine envie d'aller déguster l'Intense de Karukera (le stand étant tout proche), afin de comparer ces deux rhums blancs pur jus. Eh bien là où le nez est clairement un cran en dessous, la bouche est en revanche plus explosive. Il est aussi un peu plus simple que le Neisson.
Conclusion : oui ce sont deux grands rhums blancs mais aucun des deux n'est parfait et vous devrez y goûter pour trouver votre préféré.

Comme nous étions sur le stand Karukera, il était tout naturel de déguster leurs deux nouveautés : un millésime 2008 et un 2009.
Ce 2008 a connu un double vieillissement, d'abord dans des fûts neufs, de manière assez courte (je ne saurais dire combien de temps exactement), ce qui va apporter des tannins. C'est ensuite qu'il sera mis en fût de Cognac pour la plus grande partie de son vieillissement.
Au nez, il est délicat sur l'amande et la réglisse. En bouche la texture est veloutée et il est assez fin ; on y trouve à nouveau de la réglisse mais aussi du sucre roux. La finale est longue et apporte un côté torréfié et fumé. Pas mal ce rhum ma foi.

Du nouveau chez Karukera
Le 2009 (Select Casks) est un assemblage de 13 fûts (tous ayant contenu du cognac au préalable). A noté qu'il sera disponible à 45% alors que la bouteille présentée au salon était, elle, à 55%.
Au nez, nous avons bien un rhum pur jus, sur les fruits à coque, les épices douces, le noyau de cerise et le bois. Il est bien équilibré même si l'alcool se sent. En bouche malheureusement, je l'ai trouvé trop sur l'alcool justement, alors que la finale est longue et dominée par le bois.
Moi qui suit normalement nettement en faveur des versions brut de fût, j'ai été intéressé de voir que ce rhum gagnerait sans doute à être réduit à 45%.


Voilà les belles !
Et c'est alors que, la journée approchant de la fin, nous sommes allés voir Velier et ces nouveaux caronis dont tout le monde parle.
Le "ciao" obligatoire à Daniele et c'est parti.
La version réduite à 57.18% pour commencer - à noter que ce degré d'alcool correspond au degré traditionnel des navy rums qui étaient emportés sur les bateaux de la marine britannique, en deçà duquel la poudre à canon qui en aurait été imbibée n'aurait plus été inflammable.
Un nez très gourmand qui offre des arômes de vanille, de fruits à coque (noix et amande), ainsi que du caramel et une discrète, très discrète empreinte caroni.
Et là je me retrouve comme un benêt puisque je n'ai pas écrit de commentaire sur le bouche dans mes notes :x Mais on va faire comme si de rien n'était et continuer.
La finale, elle, est un tantinet plus caroni mais toujours gourmande avec ses notes de vanille et de sucre roux.

La version full proof - à 70.1% tout de même - sera le prochain rhum sur la liste et le dernier pour cette journée.
On y retrouve la même gourmandise au nez, mais elle est ici encore exacerbée : une pâte à gâteau à la vanille et aux éclats de fruits à coque... Un régal pour les narines (à condition de ne pas enfourner le nez dans le verre). Ce que l'on a en plus du réduit, ce sont de discrètes notes torréfiées et de tabac. Très très agréable et délectable.
La bouche se fait plus Caroni que le nez ou que la bouche de la version à 57% (d'après ce que j'ai écrit, mais comme je n'ai rien écrit pour la bouche de ce dernier il ne me reste plus qu'à me faire auto-confiance, on n'est pas dans la panade... ^^).
La finale, est bien entendu interminable et associe typicité caronienne et gourmandise avec surtout la vanille, qui contrairement à d'autres caronis, est ici loin d'être écœurante.


C'est là que je m'arrête pour cette première partie. Restera tous les rhums des 60 ans de la Maison du Whisky plus quelques autres. Et ça en fait un paquet...


dimanche 24 avril 2016

Mon Rhum Fest 2016 - partie 3


Nous revoilà au Rhum Fest pour ce dernier article sur l'édition 2016 de cet événement immanquable.


Au programme du jour : trois distilleries. Trois styles. Trois traditions. Et pour chacune, trois finitions (ou presque).
Et pour finir ce banquet gustatif, quoi de plus naturel que de terminer par... le dessert :)

Quelques-uns des rhums découverts

Les finitions, cette pratique, de plus en plus répandue, consiste, après le vieillissement principal (le plus souvent dans un fût de bourbon), à transvaser le rhum dans un fût ayant contenu un autre alcool (en général vin ou spiritueux) pour une durée comprise, la plupart du temps, entre 9 mois et un an. L'idée étant de lui apporter des caractéristiques gustatives supplémentaires ; que ce soit de la rondeur, un boisé particulier ou encore des notes propres à cet autre alcool (par exemple de calvados ou de whisky tourbé).



Tout d'abord, allons au Panama avec la marque Abuelo; oui on va parler de rons, une fois n'est pas coutume.
Je me répète mais, à mon goût, les rhums de tradition espagnole sont souvent un peu plats quand ils ne sont pas trop sucrés. Alors oui c'est un peu un raccourci et je suis loin d'avoir goûté tout ce qui est proposé sur les étals des cavistes. De plus, si je me base sur mon propre exemple, ce sont souvent les rhums qui permettent d'entrer dans cet univers des eaux de vie de canne, mais qui après des explorations plus poussées, deviennent progressivement moins intéressants.
Tout ça pour dire qu'Abuelo, reste un des rons que je trouve encore agréables. Oui, il y a du caramel et de la vanille mais aussi un boisé présent et des notes de tabac. Le tout n'est pas noyé dans le sucre, même s'ils sont doux ; le 12 ans de la marque en est le parfait exemple.

Abuelo a décidé de travailler trois finitions. Les trois sont annoncées à 14 ans de vieillissement en fût de bourbon plus une année de finition. Cependant comme c'est ici la méthode solera qui est utilisée, je ne me prononcerai pas avec certitude sur l'âge des ces rhums.

Mais voyons plutôt ce qu'elles donnent à la dégustation, je vais les comparer à ce 12 ans que je connais bien et souligner les différences.

Les voici les grands-pères

Sur les conseils de la jeune femme sur le stand, on débute par la finition en fût de xérès, Olorosso pour être précis.
Cette année supplémentaire de vieillissement lui apporte des arômes de pruneau mais aussi une plus surprenante note cendrée. Le tout est assez frais.
En bouche et sur la finale, rancio, vanille et orange dominent. 
Voilà donc une finition qui apporte un vrai plus tout en conservant les marqueurs habituels.

On se laisse guider par la "maîtresse des lieux" et on continue avec la finition Cognac (Napoléon).
Au nez, en plus des traditionnels arômes, nous avons des épices douces et des fruits à coque, l'ensemble étant assez vif.
La bouche est très proche du 12 ans tandis que la finale est plus boisée (voire légèrement tannique) et discrètement fumée.
Une finition moins présente mais avec un boisé pas désagréable.

Et pour finir, le Porto.
Ces sont l'amande et la cerise qui sont ici à noter sur le nez.
A nouveau les fruits à coque en bouche tandis que le tabac est très marqué sur la finale.
Une finition assez gourmande mais qui, à mon avis, est moins intéressante.


Des hauts et des bas pour ces finitions. Rien de révolutionnaire mais des choses intéressantes tout de même. Et aussi, je les espérais un peu moins sucrés.



Après le style espagnol, allons voir les anglais avec la marque New Grove de l'Île Maurice.

Des finitions en véritable bois d'arbre :D
Si vous lisez mon blog depuis le début, vous savez que j'ai apprécié cette marque à travers leur 8 ans. Nouveauté de cette année, des... finitions ! C'est bien, vous suivez. Et des finitions qui nous sortent des classiques de l'exercice.
Avant de les évoquer une par une, parlons de leurs points communs. Elles ont tous huit ans, dont un an de finition et ils sont tous à 47°, ce qui est assez rare pour être souligné.
Ce qui est tout aussi inhabituel ce sont les fûts choisis : Moscatel, pourquoi pas, mais merisier et acacia, fallait oser.
Ma foi, le résultat, ou plutôt, les résultats, sont assez concluants.
Ils ont en commun un boisé relativement marqué voire tannique (même si différent de l'un à l'autre) ainsi qu'un côté épicé et poivré, sans oublier une finale qui dure un bon moment.
Les trois sont intéressants mais celui qui m'a le plus emballé est le finition Moscatel (vin blanc doux nous venant d'Espagne). Il m'a paru plus équilibré  et plus gourmand que ses deux camarades. La grosse différence vient de ses notes vanillées et torréfiées.
Là aussi, regoûter aux trois dans des conditions plus posées serait intéressant.



Un belle brochette

Nous avons fait les rons et les rums, passons maintenant aux rhums.
C'est avec HSE, précurseur dans le domaine des finitions, que nous allons nous pencher sur le style français. Nous connaissons ces "finitions du monde" depuis quelques années maintenant, non seulement ils proposent occasionnellement de nouveaux fûts, mais également de nouveaux millésimes sur des finitions déjà proposées par le passé.
Pour faire plus clair : nouveau millésime pour le finition Sauternes et une nouvelle finition Porto.
Et n'oublions pas deux autres nouveautés dont nous allons aussi parler.


Violet
Commençons par la nouveauté nouvelle, la finition Porto, enfin disponible dans nos contrées.
J'avais pu le déguster au salon Dugas en octobre dernier mais je suis bien content d'avoir pu m'y frotter à nouveau.
Sur le nez, ce qui me frappe avant tout c'est l'équilibre. Les notes boisées, épicées et de fruits secs marchent parfaitement et l'ensemble reste frais.
En bouche, l'attaque est assez douce, même si la bouche devient légèrement astringente. L'alcool est bien dosé et on reconnait ce boisé HSE, qui caractérise la plupart (je ne dis pas "tous", parce que bon je n'ai pas goûté TOUT ce qui est sorti de cette habitation non plus) de leurs rhums vieux.
La finale, longue, reste sur ce boisé mais des touches d'amande apparaissent et amènent de la gourmandise. Une pointe empyreumatique apporte un peu plus de complexité.
C'est confirmé, il me plait :)

Blanc
Le millésime 2005 de la finition Sauternes maintenant (le précédent était le 2003).
Il est proche du 2003, pas de doute. On retrouve ce boisé marqué, qui apporte plusieurs impressions gustatives, que ce soit le tabac ou un bois, que je qualifierais de bois jeune ou blanc (oui je sais, il n'y a sans doute que moi qui comprends, mais c'est déjà ça ! :p), en plus de ce "boisé HSE". Contrairement à ce que certaines personnes peuvent penser, cette finition n'apporte pas de sucre, mais plus un boisé différent et de la complexité.

Orange
On sort des finitions pour parler d'un autre rhum ou un travail a été fait sur le fût. Il s'agit du Small Cask et là aussi d'un nouveau millésime, le 2007 succédant au 2004 (qui était vraiment très bien).
Au nez, on a quelque chose de chaud et de gourmand, sur les fruits secs et les fruits à coque. Des arômes de poivre et d'orange se distinguent également et la finale est longue, épicée et boisée. A noter que dans le verre vide ce sont les notes de tabac qui dominent sans partage.
Pour voir si différence il y a entre les deux millésimes, il faudrait vraiment les déguster côte à côte (si quelqu'un le fait je suis intéressé d'entendre ses conclusions :)).

Noir
On finit en beauté avec la nouvelle Cuvée de la Confrérie, justement de chez HSE (oui j'essaye parfois de suivre  un semblant d'ordre logique quand j'écris :P). Il s'agit d'un brut de fût (le premier de la marque), qui titre à 52.2% et qui a beaucoup fait de bruit sur le salon.
Un nez fruité, orangé mais aussi boisé. Un nez gourmand et relativement rond malgré (ou grâce ^^) à son degré.
En bouche, on garde ces impressions de gourmandise boisée (oui c'est une nouvelle expression). Il est puissant et offre un bel équilibre. Une légère astringence en fin de bouche se fait sentir, pas désagréable.
La finale est longue et épicée, et des notes torréfiées apparaissent.
Celui-là je veux y regoûter !




Avant de définitivement fermer ce livre Rhum Fest 2016 (un petit livre :p), un dessert ! Un crochet par les Rhums de Ced'.
Je vous ai déjà parlé du sieur Brément et de ses créations (et de son point G ;)). Sa gamme s'étoffe et il n'a de cesse de travailler à créer de nouvelles références originales. Cette année n'aura pas fait exception puisqu'il offrait sur son stand, en plus des classiques, trois nouveautés. Un rhum arrangé, un punch et un rhum épicé.
Le rhum arrangé allie la framboise à la fleur d'hibiscus. Il est doux et s'équilibre bien entre velouté et acidité. Je ne connaissais pas le goût de la fleur d'hibiscus mais mon voisin de dégustation a été frappé par la netteté de ses arômes.

Le Ti'planteur Ananas, lui, c'est simple : piña colada. Ananas et coco, douceur et gourmandise. Un petit régal.
Une belle triplette
Pour finir, le Ti'spiced.
Je dois dire, avant d'en parler, que je ne suis pas un grand fan des rhums épicés (ou spiced rums). Je leur trouve bien souvent une épice trop dominante qui l'emporte sur tout le reste ; souvent la cannelle d'ailleurs. Autre problème récurrent : trop de sucre. Bref, pas la panacée.
Et alors ça donne quoi un spiced à la sauce ti Ced' ? Eh ben ça donne du bon !
Un vrai équilibre entre les dix ingrédients (ouais quand même), que ce soit au nez ou en bouche. Cédric m'a dit quels sont les ingrédients en question mais je ne vais pas me risquer à tenter de tous les énumérer. Seul bémol, sur la finale, après quelques instants c'est surtout le clou de girofle qui prend le dessus. Malgré cela, je pense tout simplement qu'il s'agit du meilleur rhum épicé que j'ai pu goûter.
Bien joué Cédric !



Voilà, c'est fini (sur un air de chanson connu). Je peux être fier de moi, j'ai tout fait tenir en "seulement" trois articles... :P

A l'année prochaine !



Retrouvez les deux premières parties :
Mon Rhum Fest 2016 - partie 1
Mon Rhum Fest 2016 - partie 2


dimanche 17 avril 2016

Mon Rhum Fest 2016 - partie 2



Vous vous en doutez, après les blancs, nous allons maintenant nous attarder sur les vieux, et il y en a beaucoup, des vieux !


Faisons donc, pour commencer, un petit tour par deux embouteilleurs indépendants, l'un écossais et l'autre danois ; deux fameuses nations du rhum :P


Le premier est Rum&Cane, dont on n'a pas trop entendu parler. Ils ont deux cordes à leur arc, avec un rhum de Grenade, le Six Saints et plusieurs single casks.
Ce rhum de Grenade est leur entrée de gamme en quelque sorte, et pour une entrée de gamme c'est plutôt réussi. Il est sans sucre ajouté et plutôt sec mais avec des arômes fruités au nez, banane et poire.

Un autre embouteilleur indépendant, écossais cette fois

Le choix en termes de single casks, lui est assez vaste, avec sept ou huit rhums d'origines différentes.
Je n'en ai cependant dégusté "que" quatre.

"Pour commencer, un rhum des Philippines.
- De où ?
- Des Philippines.
- Pardon ?
- Des Philippines.
- Ca ne serait pas là d'où vient le Don Papa ?
- Si, tout à fait.
- Ah, mais tu as dû te régaler alors !
- Eh bien, à vrai dire, ce n'est pas si loin de la réalité que ça.
- Très drôle..."

Voilà un rhum au profil plutôt original et éloigné de son cousin que l'on connait. Seul point commun, l'orange, bien que moins présente ici, et surtout de manière moins liquoreuse. Ajoutez-y la cerise et des arômes empyreumatiques et vous avez un nez agréable.
En bouche c'est moins gourmand, les notes brulées sont très présentes et associées à d'autres, légèrement chimiques (plastique) et médicinales. La finale est longue sur ces mêmes notes médicinales et de réglisse.
Bref, intéressant :)

Des bouteilles bien reconnaissables
Leur Belize ensuite (donc de la distillerie Travellers), qui offre ce que l'on peut attendre d'un rhum de cette provenance, à savoir de la gourmandise, avec de la vanille, de la noix de coco et ici, un peu de pâte d'amande. C'est sympa, mais rien de neuf.

Je suis assez fan des rhums de Jamaïque, et j'ai donc sauté sur leur rhum de cette île, mais là je dois avouer que j'ai été déçu. Si ce n'est une banane relativement timide, pas de marqueurs jamaïcains ici. Si vous aimez ces rhums "puants" et très expressifs, passons à la suivante.

Et elle nous vient des Fidji, et là ça envoie ! Il m'a rappelé la version Berry Bros, si ce n'est que cette dernière est à plus de 60°. En réduit à 46°, eh bien on a toujours les mêmes arômes mais en peu plus abordable (la version Berry's pique un peu). Une bouteille pour les amateurs de finesse et de délicatesse... ou pas :p


En fait pas goûté
Allons maintenant faire une excursion au Danemark avec cette énigmatique marque qu'est Ekte.
A ma connaissance, personne n'avait même eu vent de l'existence de cet embouteilleur indépendant. Comme beaucoup je suis allé faire un tour sur le stand pour découvrir ce nouvel arrivant, au quelques douze bouteilles.
Ces rhums sont divisés en deux groupes, les assemblages et les single casks ; les deux ayant des identités visuelles très différentes.

Commençons par les bouteilles fines et allongées. Il y a six blends aux profils très variés. Ils offrent un dégradé, du rhum le plus doux à celui qui a le plus de caractère.
Je n'ai goûté que deux références de cet arc-en-ciel de saveurs (mon âme de poète qui parle - ou pas). Les deux plus secs et intenses. Le Aged and Geeky qui est un blend Guyana/Barbade/Jamaïque/Trinidad, sec, boisé et torréfié (surtout sur la finale), qui fait le boulot. Le Pungent and Geeky, blend Jamaïque/Barbade, est assez clairement sous l'influence de l'île de Bob Marley : intense, puissant (un peu plus fort en alcool d'ailleurs avec ses 47°), empyreumatique et aux marqueurs jamaïcains. Pas mal du tout, il faudrait voir le prix (j'y reviendrai).
Je regrette un peu de ne pas en avoir goûté plus, il aurait pu y avoir de bonnes surprises.

Long Pond, meilleure distillerie de Jamaïque ?
Les single casks maintenant. Là aussi je n'ai pu en goûter que deux, je suis resté sur la Jamaïque dont ils ont deux expressions, un 12 ans issu de la distillerie Monymusk et un 15 ans, venant lui, de chez Long Pond. Les deux sont bons, leur style particulier (comme un benêt je n'ai pas pris de note, mais mon souvenir est vraiment sur quelque chose typique de cette île). Les non amateurs de sensations fortes sont priés de circuler. J'ai également eu de bons échos sur d'autres de ces bouteilles. 
Tous ces single casks sont brut de fût et sans altération. Il me semble qu'ils sont partiellement vieillis sous les tropiques mais c'est à confirmer. Précision importante, toutes les informations nécessaires sont indiquées sur les étiquettes de ces bouteilles.
Nous avons donc affaire à des produits de grande qualité. La question suivante est : à quel prix ?
C'est un point qui a fait débat durant le Rhum Fest. Le problème c'est que l'on ne sait pas à l'heure actuelle à combien ils seraient vendus en France. En effet les seules indications de prix que l'on peut trouver sont ceux pratiqués au Danemark. Or les tarifs danois, principalement du fait des taxes sur les alcools, sont bien plus élevés que dans d'autres pays d'Europe. Alors oui, ils sont très élevés, allant environ de 150€ à 300€ mais il est dur de deviner leur coût une fois distribués en France.
A suivre.


Habillement reconnaissable (comme celui des hôtesses...)
Nous sortons du monde des embouteilleurs indépendants pour aller en Colombie, avec la marque Dictador.
Je ne m'étais jamais penché sur ces bouteilles opaques jusqu'à récemment.
Après avoir dégusté l'ensemble de leur gamme, je les vois comme une alternative à d'autres rhums de tradition espagnole, avec leurs arômes qui sortent un peu des (trop) classiques vanille et caramel.

En plus des arômes "courants", le 12 ans nous donne du café, le 20 ans de la noisette et de l'orange. L'Insolent de la noix, de l'orange, du café et du poivre tandis que le Perpetual apporte de la coco en plus du précédent mais en reste très proche.
L'ensemble ne donne pas une impression (très) sucrée et permet de découvrir d'autres arômes que ceux qui nous sont présentés par les poids lourds de ce marché des rons. Pour moi, pas à se damner non plus, vous l'aurez compris.


Je leur souhaite toute la réussite possible
Une petite curiosité maintenant, dégustée au bar des nouveautés, dont javais vaguement entendu parler auparavant et qui avait titillé ma curiosité : le rhum Matugga.
Ils ont deux bouteilles à leur arc : un gold rum et un spiced. Je n'ai dégusté que le premier.
Petite info sur ces rhums : ils sont élaborés à base de mélasse d'Ouganda et distillés en Angleterre, puis vieillis juste quelques semaines.

Niveau dégustation, il nous offre des arômes étonnants. Il est très expressif sur des notes médicinales (camphre) et torréfiées (chocolat noir). Ces arômes marqueront votre palais un long moment.

Un rhum qui sort vraiment de l'ordinaire, tant par son origine que par ses caractéristiques gustatives (même si ce n'est peut-être pas un modèle d'équilibre), intéressant !




Finissons cette seconde excursion au Rhum Fest (en attendant la troisième) avec des agricoles vieux, et pas des moindres.

J'y suis allé sans conviction et là : bonne surprise
Commençons par Saint James et deux nouvelles expressions de cette maison.
Le Cuvée Excellence pour débuter.
Un assemblage des rhums d'âges différents pour une moyenne de 6 ans.
Au nez, le boisé est présent de différentes manières, entre autre de par les fruits à coque. Il est gourmand et des notes mentholées amènent de la fraîcheur.
La bouche est moins boisée et trouve un bel équilibre.
Le fût revient sur la finale qui est relativement longue sur des notes torréfiées et de sucre roux. La fraîcheur est toujours présente.

Le millésime 2001 ensuite (même forme de bouteille que le 2000 sorti il y a quelques temps et qui ne m'avait pas vraiment convaincu).
Le nez est très différent du Cuvée Excellence, il offre des notes florales capiteuses mais aussi des arômes de café, d'orange et de fruits (au sirop et confits). Gourmandise et complexité sont au rendez-vous.
C'est en bouche que le boisé apparaît et même assez nettement (il apporte même un aspect tannique). Les épices accompagnent le fût.
La finale est très longue et reste intense, sur le boisé et les fruits à coque. Elle n'est pas exempte d'une certaine fraîcheur. Après quelques minutes, des discrètes notes de bois mouillé se font sentir (seul bémol à mon avis, même si d'autres personnes pourront apprécier).

Deux Saint James simplement bons, en revanche je ne connais pas leurs prix. On peut les penser relativement bon marché - comme la plupart des rhums de cette maison - ce qui les rendrait d'autant plus attractifs.


Un des meilleurs rhums proposés cette année
Et donc pour finir, allons faire un tour chez Depaz avec leur millésime 2002.

Depaz est la distillerie de Martinique qui m'a fait arriver sur les rhums agricoles, avec lesquels j'avais beaucoup de mal, grâce à leur XO.
On peut regretter le manque de nouveautés proposées par cette maison tant leurs produits sont bons. Alors oui, de nouvelles bouteilles - le contenant - ont été adoptées pour la gamme mais ce n'est pas ce que j'appellerais une nouveauté (le contenu est annoncé comme le même, ce qui fait froncer quelques sourcils - n'ayant pas pu faire de comparatif, je ne vais pas me prononcer).
Donc cette année avec le blanc, dont je vous ai parlé la semaine dernière et ce millésime, c'est un peu la fête ^^

Et alors que donne-t-il ?
Le nez est riche et équilibré. Boisé, fruits à coque (noix), pâte d'amande, orange, pruneaux et un léger aspect minéral constituent son profil aromatique. La bouche est dans la même veine et offre un superbe équilibre. La finale est longue, boisée et toujours légèrement minérale.
Un superbe rhum agricole !


C'est ainsi que s'achève cette seconde partie de mon Rhum Fest 2016.
Rendez-vous pour la troisième et dernière !



Retrouvez la première partie ici : Mon Rhum Fest 2016 - partie 1


dimanche 10 avril 2016

Mon Rhum Fest 2016 - partie 1


Voilà, c'est fini (sur un air de chanson connu).
Et oui, l'édition 2016 du Rhum Fest Paris s'est achevée lundi soir, après trois journées intenses et des mois de préparation.

L'homme, sans sa poussette, a pu s'y rendre le samedi (une des deux journées publiques) et le lundi (la journée pro).
Quelle a été son expérience ? Pourquoi se met-il à parler de lui à la troisième personne ? Et surtout, quoi de neuf dans le rhum ?


Je sais que vous adorez quand je vous raconte mes mésaventures dans les transports en commun mais je vais m'abstenir cette fois-ci :p
Je vais plutôt me concentrer sur ce qui a fait de ce Rhum Fest, cette année encore, un événement incontournable, à savoir deux éléments majeurs : les gens et... les rhums.

Les gens

Commençons donc par parler de cette bande de joyeux lurons, qui ont rendu mon samedi invivable !
Comme les deux années précédentes, j'avais en tête un objectif principal, déguster le plus de nouveautés possibles, prendre de notes et vous en faire profiter ici-même.
Seulement voilà, c'était sans compter sur tous ces satanés confrères et autres amateurs de cette boisson alcoolisée. Ils m'ont totalement empêché de faire ce pour quoi j'étais venu avec leurs questions saugrenues et leurs interminables monologues !

:D

Bon, j'en ai terminé avec tous cette trop évidente ironie !
J'ai adoré les échanges que j'ai pu avoir avec toutes les personnes croisées sur ce week-end (essentiellement le samedi - oui j'ai aussi aimé vous parler, vous autres, gens du lundi mais je veux dire par là que j'ai plus parlé le samedi que le lundi, pas de jugement de valeur ici, plus une notion quantitative, ce qui ne veut pas dire que la qualité des discussions du samedi était médiocre, bien au contraire... Comment ça, je m'enfonce ? :p)
Bref, que ce soit des rencontres avec des lecteurs du blog (et leur feedback très précieux et encourageant :)), avec des confrères de la Confrérie de Rhum, des camarades blogueurs (salut la Légion Rhumaine, salut Nico et bien sûr salut Benoît o/) ou encore avec des professionnels, voire les organisateurs de ce salon, tous furent, au choix : intéressants, instructifs, drôles, enrichissants, spirituels (plusieurs options par conversation sont possibles :)).

Cela va donc être les quelques lignes en mode "Oscars" de cet article :
"Je voulais remercier mes parents sans lesquels tout cela n'aurait pas été possible. Mais aussi mes lecteurs, merci pour vos retours sur les différents articles et sur leur style. Je n'oublie pas les exposants et leur passion contagieuse. Bien sûr, mes co-blogueurs et nos conversations behind the scenes. Et pour finir, Cyrille et Anne, toujours accessibles et disponibles. Ah et mon chat ! Merci à vous tous et à l'année prochaine !"

Ça c'est fait.

10° de moins mais la canne est toujours là

Et les rhums dans tout ça ? Sur mes deux jours de Rhum Fest, j'ai pu goûter un paquet de trucs.
Commençons par les rhums blancs où beaucoup de nouveautés étaient présentes.

Le premier rhum que j'ai dégusté est le Depaz Cuvée de la Montagne, nouvelle édition. Nouvelle, car ce rhum existait déjà mais sous une autre forme (et pas que de bouteille). En effet, la différence majeure est le plus faible taux d'alcool, puisque l'on passe de 55° à 45°, ce qui fait une sacrée chute dans les degrés.
Au nez nous avons le jus de canne (pas très intense), de fines notes fruitées et un léger côté huileux. Je l'ai préféré en bouche (qu'au nez) ; il est très canne et très frais. La finale n'est que moyennement longue.
Un bon rhum blanc agricole, mais je l'aurais préféré à son ancien titrage.



Un mix plutôt réussi
Direction la Compagnie des Indes et leur blanc, le Tricorne. Il s'agit d'un blend entre rhum de mélasse (environ 55%), rhum pur jus de canne (40%) et arrack d'Indonésie (d'une certaine manière l'ancêtre du rhum dont la principale différence d'élaboration est l'ajout de riz rouge pendant la fermentation - 5%).
Le résultat est assez expressif et plutôt déroutant (positivement). L'attaque est vive et là aussi intéressante et la fin de bouche est épicée et empyreumatique (a priori l'influence de l'arrack). La finale, elle, est trop courte, dommage.
Un rhum "mutant" qui a plus de qualités que de défauts.

C'est le seul rhum de la Compagnie des Indes que j'ai goûté cette fois-ci étant celui qui m'intriguait le plus. On ne peut malheureusement pas tout goûter, même sur deux jours, et il faut donc faire des choix ; même si j'ai toujours des regrets par la suite ^^



Des producteurs super sympa
Un rhum des îles Canaries maintenant - première fois que je goûtais un rhum de cette provenance - et pur jus de canne qui plus est, qui répond au nez de Ron Aldea Caña Pura.
Je ne savais même pas qu'étaient produits des rhums dans ces îles et encore moins à base de pur jus de canne à sucre.
Au nez et en bouche, pas de doute, nous sommes bien sur un rhum "agricole", mais une version faible en alcool (42%) et très douce. Il n'est pas désagréable mais manque, pour moi, d'intensité et de fraîcheur.
Intéressante découverte que ce rhum.
Un rapide détour par leurs vieux (toujours pur jus de canne). Ils en ont deux.
Le Superior, un 10 ans à 40%. Un rhum gourmand et relativement doux, sur des arômes pâtissiers et de fruits à coque. En bouche, le fût américain se fait sentir avec la vanille et la noix de coco et pour finir des arôme torréfiés font leur apparition.
Le second, le Tradicion est vieilli en fûts ayant contenu du Cognac et du vin rouge. Il s'agit d'un 22 ans (si je me souviens bien), qui titre à 42%. Plus boisé que le précédent et même légèrement tannique, il est dominé par des arômes de noix et de café.
Deux rhums pas inintéressants et différents des agricoles de nos îles mais un peu trop doux à mon goût.


50 l, la majeure partie en vieillissement
Une vraie curiosité pour continuer, le Guildive 1800 de chez Ferroni.
Ferroni - les rhums de Marseille - je vous en ai déjà parlé l'année dernière. Ils nous offraient deux blancs cette année, le Dame Jeanne, en fait simplement le nouveau nom du Fresh Cane sorti l'année dernière, et ce mystérieux Guildive 1800.
Ce que Guillaume Ferroni a en fait voulu réaliser est un rhum comme ceux qui étaient produits dans les années 1800 aux Antilles. Pas de jus de canne ici donc mais bien de la mélasse. Pas de colonne créole non plus, mais un alambic à repasse datant de ces années-là.
Une toute petite production (une cinquantaine de litres dont certains ont été mis à vieillir) pour un résultat pour le moins atypique !
Un nez très expressif, qui, à l'aveugle, m'aurait fait penser à un rhum de Jamaïque. En bouche, des notes végétales font leur apparition. La finale est très longue, malgré ses 40 petits degrés, sur les épices (poivre surtout ainsi qu'un léger côté pimenté) et des notes brûlées.
Une vraie découverte que ce rhum !


A tester une nouvelle fois
Et pour finir avec les blancs, l'Intense de Karukera. Un rhum auquel est apportée une attention toute particulière lors de son élaboration et qui est réduit à 60%. Mais que ce soit au nez ou en bouche, des degrés sont d'une remarquable discrétion, extrêmement bien intégrés. Vous aurez de la canne, des agrumes et du fruit de la passion. La finale est longue et demeure sur la canne à sucre.
Un rhum qui a énormément fait le buzz durant le salon tant certaines personnes l'ont trouvé exceptionnel, le positionnant au sommet des rhums blancs agricoles. Et je dois bien l'admettre, il est vraiment très bon !
Voilà un bon candidat pour mes soirées de dégustation de rhums blancs agricoles et une excellent moyen de savoir si cet Intense est aussi remarquable que ce que certains dégustateurs ont pu penser.



Je ne vous parle pas du Jamaïcain overproof (75.5°) de chez Habitation Velier, étant donné que je vous l'ai présenté lors de mon précédent article. Mais décidément il envoie, et pas qu'en alcool ; il est d'une intensité et d'une longueur hors du commun...




A suivre...


dimanche 1 novembre 2015

Salon Club Expert 2015 - La grand-messe de Dugas - Partie 2


Retour au Musée des arts forains et à son lot de nouveautés (ou rhums sur lesquels je n'avais pas eu l'occasion de m'attarder jusque-là).


On change d'océan, pour nous rendre à l'Île Maurice et découvrir Chamarel et sa production.
Cette distillerie existe depuis assez longtemps pour nous offrir depuis peu un XO, mais prenons les choses dans l'ordre et commençons par les blancs. Et oui, il y en a deux, mais vous vous en doutez, différents l'un de l'autre (sinon pourquoi en faire deux ?).
Les deux sont élaborés à partir de jus de canne, alors où est la différence ? Elle se situe principalement dans la méthode de distillation.

J'aime beaucoup le design de leurs rhums vieux.

Le Classic est distillé sur colonne et se rapproche donc des rhums agricoles auxquels nous sommes habitués, même si l'embouteillage se fait ici à 42°. Du coup, on retrouve un nez de canne, assez frais et tirant sur les agrumes (citron). En bouche la canne est toujours là, accompagnée de notes florales. Bref il est agréable.

Le Double distilled est quant à lui distillé deux fois sur un alambic charentais. Son nez est plus lourd et très intense, porté sur le poivre ; un ensemble sympathique et intéressant. En bouche, c'est toujours gras mais je trouve qu'il lui manque quelque chose. La finale sera à nouveau poivrée. Très différent du Classic, mais pas mal non plus.

Il est toujours intéressant de voir que sur deux produits partant de la même base, le vesou, on parvient à obtenir des résultats totalement différents.
Je passe sur le VSOP et les liqueurs, connaissant le premier et n'étant pas intéressé par les seconds.


Le XO maintenant, relativement récent dans la gamme (il faut bien attendre les années nécessaires :)). Il est élevé en fûts neufs de chêne français et titre 43°.
Élément important, la matière première mise en vieillissement est un mélange des deux blancs décrits plus haut. C'est à la lecture de mes notes, que je me rends compte qu'ils ont chacun leur influence sur ce XO puisqu'au nez j'ai écrit : frais, boisé et poivré. Je pense en effet que le côté frais vient du Classic alors que le côté poivré vient du Double distilled. L'attaque est souple et la finale longue et fine sur le bois et le poivre. J'aimerais le regoûter celui-ci aussi.

Petit regret sur le stand, pas de single barrel 2008 ou 2009 à déguster. En ayant entendu beaucoup de bien j'aurais bien aimé y tremper les lèvres mais ça sera pour une autre fois.


Packaging réussi, moderne et rétro à la fois.
Deux "vraies" nouveautés maintenant, du côté des rhums anglo-saxons.

Le rhum (ou plutôt rum) Whisper, un gold rum, qui nous vient d'Antigua, petite île au nord de la Guadeloupe. C'est le résultat de la collaboration entre deux étudiants qui se sont lancés il y a deux ans dans cette aventure et un maître rhumier qui est l'expert de la bande (j'espère ne pas dire de bêtise).
On connait un tout petit peu Antigua pour son rhum, avec des marques telles que Cavalier ou English Harbour ; cette dernière produisant entre autre un 25 ans d'âge qui m'avait très agréablement surpris.
Nous sommes bien évidemment sur un rhum de mélasse, qui est élevé 2 ans en fût de bourbon.
Au nez, c'est gourmand, avec des arômes d'amande, de vanille, de coco, de miel et d'orange. L'attaque en bouche est douce sans être sucrée et la finale, moyennement longue est principalement sur le bois.
L'ensemble est agréable et plutôt bien fait ; non sans rappeler certains produits issus de la distillerie Travellers de Belize. Je leur souhaite bonne chance !
N°1 ? Ça se discute :P

Nouveauté chez Angustura ensuite, le N°1, oui c'est son nom. Il s'agit d'un rhum vieux de 16 ans vieilli dans deux types de fût différents (10 ans dans l'un puis 6 ans dans l'autre), j'imagine bourbon et cognac mais je n'en suis pas sûr.
Bon, je vais mettre ça sur le dos de mon palais (oui mon palais a un dos :P) vacillant à ce moment de la journée mais je l'ai trouvé sans intérêt et très sucré pour mon goût. Je passe.



Arrive ce moment où je me dis qu'il va être temps de rentrer chez moi. Je prends donc le chemin de la sortie tout en regardant de droite et de gauche pour voir si je n'aurai pas louper quelque chose.
C'est en repassant devant le stand HSE que je vois Cyril Lawson, le directeur commercial de la marque, rencontré la semaine précédente. J'en profite donc pour le saluer et lui faire part de ma déception de ne pouvoir déguster le finition Porto ou le millésime 2003. Il me fait discrètement comprendre que si j'attends cinq minutes il se pourrait que mon verre se remplisse de quelques centilitres de ce HSE finition Porto. Me voilà soudainement patient et plus si pressé que ça de rentrer chez moi :)
Pas de photo prise mais Cyril a pu m'envoyer celle-ci :)
Pour patienter, je goûte le blanc Titouan Lamazou "La Belle Heure", version 40°. Il est bon, très marqué canne et doux. Sans doute un peu trop pour moi, et je lui préfère sa version à 50°, qui n'est, selon moi, pas reconnue à sa juste valeur.

Mais le temps passe et hop, verre rempli et dégustation imminente, merci Cyril ;)
Voilà un nez gourmand et fin, porté sur des arômes de vanille, de fruits rouges (légers), de datte avec également une note d'orange et un boisé (bois frais/vert) que j'associe souvent à rhums vieux HSE. La bouche est gourmande et sèche à la fois avec une très légère note de poudre à canon. La finale est longue et boisée avec des tanins fins. L'ensemble est d'une grande finesse. Encore une à déguster en de meilleures conditions afin de confirmer ce fort potentiel !


Voilà ce qu'il y a à retenir des rhums que j'ai dégustés en cette journée du 5 octobre 2015.

Mais ce n'est pas pour autant la fin de ce salon. En effet, alors que je reprends à nouveau de chemin de la sortie, je fais une ultime pause pour saluer deux confrères amateurs que je croise régulièrement dans ce genre d'événements ou chez les cavistes. On échange rapidement sur nos expériences et découvertes de la journée et ils me disent que je ne peux partir sans passer au stand tenu par une blonde, que l'on aperçoit de dos de là où l'on se trouve, et qui présente non pas du rhum mais du cognac.
OMG!
Je n'y connais pas grand-chose en cognac (pour ne pas dire rien du tout) mais je leur fais confiance et vais donc demander à déguster, sur leurs conseils, le XO et le Hors d'Âge.
Je sors donc de la zone réservée aux rhums et reviens dans la première partie du lieu, dédiée entre autre aux vins et aux eaux-de-vie de vin.
Me voici, de manière assez inattendue, au stand de la maison Bache Gabrielsen et commence à discuter avec la dame en question.
Elle m'explique que leur XO est un assemblage d'une moyenne d'âge de 15 ans, rien que ça. Je penche mon nez sur le verre (très généreusement servi) et suis frappé par le fruité qui s'en dégage ! Il y a du pruneau, des raisins, de la prune, le tout légèrement poivré et peu marqué par le bois. La bouche est assez douce, sur les fruits frais à nouveau mais aussi les fruits à coque. La finale est longue et marqué par la noix, ce qui me plait beaucoup. Vraiment très bon.

OMFG!!!
Elle propose ensuite de passer au Hors d'Âge, je ne dis pas non :)
Alors qu'elle remplit mon verre, elle parle de ce cognac et explique qu'il s'agit là aussi d'un assemblage dont la plus vieille eau-de-vie date de 1917 et dont la la moyenne d'âge est de 55 ans... Ah oui quand même !
Prenez le XO, gardez la fraîcheur (qui m'a fait penser au pinot gris cette fois) et le fruité mais ajoutez-y des arômes plus boisés, de tabac et de cuir avec des épices douces en prime ; ça c'est pour le nez. En bouche, nous avons les épices et les fruits alors que la vivacité est toujours présente, assez incroyable pour un spiritueux de cet âge (pour moi en tout cas). La finale, longue, alterne entre les arômes fruités et ceux plus boisés.
Absolument délicieux.

Je lui demande le prix de ces délicieusetés et elle me donne le prix pro de chacune des deux. Ce qui a fini d'enfoncer le clou : 35€ pour le XO et 110€ pour le Hors d'Âge... Bon j'imagine qu'il faut au moins ajouter 50% pour arriver au prix dans le commerce mais je me dis que je vais peut-être bien faire une petite infidélité à mon eau-de-vie préférée sur ce coup-là :D


C'est après cette expérience inattendue et plus qu'agréable que j'arrive à atteindre la sortie sans nouvelle interruption et c'est ainsi que mon récit se termine.

A l'année prochaine Salon Club Expert !

Une autre belle chose à voir au Musée des Arts Forains.