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dimanche 24 avril 2016

Mon Rhum Fest 2016 - partie 3


Nous revoilà au Rhum Fest pour ce dernier article sur l'édition 2016 de cet événement immanquable.


Au programme du jour : trois distilleries. Trois styles. Trois traditions. Et pour chacune, trois finitions (ou presque).
Et pour finir ce banquet gustatif, quoi de plus naturel que de terminer par... le dessert :)

Quelques-uns des rhums découverts

Les finitions, cette pratique, de plus en plus répandue, consiste, après le vieillissement principal (le plus souvent dans un fût de bourbon), à transvaser le rhum dans un fût ayant contenu un autre alcool (en général vin ou spiritueux) pour une durée comprise, la plupart du temps, entre 9 mois et un an. L'idée étant de lui apporter des caractéristiques gustatives supplémentaires ; que ce soit de la rondeur, un boisé particulier ou encore des notes propres à cet autre alcool (par exemple de calvados ou de whisky tourbé).



Tout d'abord, allons au Panama avec la marque Abuelo; oui on va parler de rons, une fois n'est pas coutume.
Je me répète mais, à mon goût, les rhums de tradition espagnole sont souvent un peu plats quand ils ne sont pas trop sucrés. Alors oui c'est un peu un raccourci et je suis loin d'avoir goûté tout ce qui est proposé sur les étals des cavistes. De plus, si je me base sur mon propre exemple, ce sont souvent les rhums qui permettent d'entrer dans cet univers des eaux de vie de canne, mais qui après des explorations plus poussées, deviennent progressivement moins intéressants.
Tout ça pour dire qu'Abuelo, reste un des rons que je trouve encore agréables. Oui, il y a du caramel et de la vanille mais aussi un boisé présent et des notes de tabac. Le tout n'est pas noyé dans le sucre, même s'ils sont doux ; le 12 ans de la marque en est le parfait exemple.

Abuelo a décidé de travailler trois finitions. Les trois sont annoncées à 14 ans de vieillissement en fût de bourbon plus une année de finition. Cependant comme c'est ici la méthode solera qui est utilisée, je ne me prononcerai pas avec certitude sur l'âge des ces rhums.

Mais voyons plutôt ce qu'elles donnent à la dégustation, je vais les comparer à ce 12 ans que je connais bien et souligner les différences.

Les voici les grands-pères

Sur les conseils de la jeune femme sur le stand, on débute par la finition en fût de xérès, Olorosso pour être précis.
Cette année supplémentaire de vieillissement lui apporte des arômes de pruneau mais aussi une plus surprenante note cendrée. Le tout est assez frais.
En bouche et sur la finale, rancio, vanille et orange dominent. 
Voilà donc une finition qui apporte un vrai plus tout en conservant les marqueurs habituels.

On se laisse guider par la "maîtresse des lieux" et on continue avec la finition Cognac (Napoléon).
Au nez, en plus des traditionnels arômes, nous avons des épices douces et des fruits à coque, l'ensemble étant assez vif.
La bouche est très proche du 12 ans tandis que la finale est plus boisée (voire légèrement tannique) et discrètement fumée.
Une finition moins présente mais avec un boisé pas désagréable.

Et pour finir, le Porto.
Ces sont l'amande et la cerise qui sont ici à noter sur le nez.
A nouveau les fruits à coque en bouche tandis que le tabac est très marqué sur la finale.
Une finition assez gourmande mais qui, à mon avis, est moins intéressante.


Des hauts et des bas pour ces finitions. Rien de révolutionnaire mais des choses intéressantes tout de même. Et aussi, je les espérais un peu moins sucrés.



Après le style espagnol, allons voir les anglais avec la marque New Grove de l'Île Maurice.

Des finitions en véritable bois d'arbre :D
Si vous lisez mon blog depuis le début, vous savez que j'ai apprécié cette marque à travers leur 8 ans. Nouveauté de cette année, des... finitions ! C'est bien, vous suivez. Et des finitions qui nous sortent des classiques de l'exercice.
Avant de les évoquer une par une, parlons de leurs points communs. Elles ont tous huit ans, dont un an de finition et ils sont tous à 47°, ce qui est assez rare pour être souligné.
Ce qui est tout aussi inhabituel ce sont les fûts choisis : Moscatel, pourquoi pas, mais merisier et acacia, fallait oser.
Ma foi, le résultat, ou plutôt, les résultats, sont assez concluants.
Ils ont en commun un boisé relativement marqué voire tannique (même si différent de l'un à l'autre) ainsi qu'un côté épicé et poivré, sans oublier une finale qui dure un bon moment.
Les trois sont intéressants mais celui qui m'a le plus emballé est le finition Moscatel (vin blanc doux nous venant d'Espagne). Il m'a paru plus équilibré  et plus gourmand que ses deux camarades. La grosse différence vient de ses notes vanillées et torréfiées.
Là aussi, regoûter aux trois dans des conditions plus posées serait intéressant.



Un belle brochette

Nous avons fait les rons et les rums, passons maintenant aux rhums.
C'est avec HSE, précurseur dans le domaine des finitions, que nous allons nous pencher sur le style français. Nous connaissons ces "finitions du monde" depuis quelques années maintenant, non seulement ils proposent occasionnellement de nouveaux fûts, mais également de nouveaux millésimes sur des finitions déjà proposées par le passé.
Pour faire plus clair : nouveau millésime pour le finition Sauternes et une nouvelle finition Porto.
Et n'oublions pas deux autres nouveautés dont nous allons aussi parler.


Violet
Commençons par la nouveauté nouvelle, la finition Porto, enfin disponible dans nos contrées.
J'avais pu le déguster au salon Dugas en octobre dernier mais je suis bien content d'avoir pu m'y frotter à nouveau.
Sur le nez, ce qui me frappe avant tout c'est l'équilibre. Les notes boisées, épicées et de fruits secs marchent parfaitement et l'ensemble reste frais.
En bouche, l'attaque est assez douce, même si la bouche devient légèrement astringente. L'alcool est bien dosé et on reconnait ce boisé HSE, qui caractérise la plupart (je ne dis pas "tous", parce que bon je n'ai pas goûté TOUT ce qui est sorti de cette habitation non plus) de leurs rhums vieux.
La finale, longue, reste sur ce boisé mais des touches d'amande apparaissent et amènent de la gourmandise. Une pointe empyreumatique apporte un peu plus de complexité.
C'est confirmé, il me plait :)

Blanc
Le millésime 2005 de la finition Sauternes maintenant (le précédent était le 2003).
Il est proche du 2003, pas de doute. On retrouve ce boisé marqué, qui apporte plusieurs impressions gustatives, que ce soit le tabac ou un bois, que je qualifierais de bois jeune ou blanc (oui je sais, il n'y a sans doute que moi qui comprends, mais c'est déjà ça ! :p), en plus de ce "boisé HSE". Contrairement à ce que certaines personnes peuvent penser, cette finition n'apporte pas de sucre, mais plus un boisé différent et de la complexité.

Orange
On sort des finitions pour parler d'un autre rhum ou un travail a été fait sur le fût. Il s'agit du Small Cask et là aussi d'un nouveau millésime, le 2007 succédant au 2004 (qui était vraiment très bien).
Au nez, on a quelque chose de chaud et de gourmand, sur les fruits secs et les fruits à coque. Des arômes de poivre et d'orange se distinguent également et la finale est longue, épicée et boisée. A noter que dans le verre vide ce sont les notes de tabac qui dominent sans partage.
Pour voir si différence il y a entre les deux millésimes, il faudrait vraiment les déguster côte à côte (si quelqu'un le fait je suis intéressé d'entendre ses conclusions :)).

Noir
On finit en beauté avec la nouvelle Cuvée de la Confrérie, justement de chez HSE (oui j'essaye parfois de suivre  un semblant d'ordre logique quand j'écris :P). Il s'agit d'un brut de fût (le premier de la marque), qui titre à 52.2% et qui a beaucoup fait de bruit sur le salon.
Un nez fruité, orangé mais aussi boisé. Un nez gourmand et relativement rond malgré (ou grâce ^^) à son degré.
En bouche, on garde ces impressions de gourmandise boisée (oui c'est une nouvelle expression). Il est puissant et offre un bel équilibre. Une légère astringence en fin de bouche se fait sentir, pas désagréable.
La finale est longue et épicée, et des notes torréfiées apparaissent.
Celui-là je veux y regoûter !




Avant de définitivement fermer ce livre Rhum Fest 2016 (un petit livre :p), un dessert ! Un crochet par les Rhums de Ced'.
Je vous ai déjà parlé du sieur Brément et de ses créations (et de son point G ;)). Sa gamme s'étoffe et il n'a de cesse de travailler à créer de nouvelles références originales. Cette année n'aura pas fait exception puisqu'il offrait sur son stand, en plus des classiques, trois nouveautés. Un rhum arrangé, un punch et un rhum épicé.
Le rhum arrangé allie la framboise à la fleur d'hibiscus. Il est doux et s'équilibre bien entre velouté et acidité. Je ne connaissais pas le goût de la fleur d'hibiscus mais mon voisin de dégustation a été frappé par la netteté de ses arômes.

Le Ti'planteur Ananas, lui, c'est simple : piña colada. Ananas et coco, douceur et gourmandise. Un petit régal.
Une belle triplette
Pour finir, le Ti'spiced.
Je dois dire, avant d'en parler, que je ne suis pas un grand fan des rhums épicés (ou spiced rums). Je leur trouve bien souvent une épice trop dominante qui l'emporte sur tout le reste ; souvent la cannelle d'ailleurs. Autre problème récurrent : trop de sucre. Bref, pas la panacée.
Et alors ça donne quoi un spiced à la sauce ti Ced' ? Eh ben ça donne du bon !
Un vrai équilibre entre les dix ingrédients (ouais quand même), que ce soit au nez ou en bouche. Cédric m'a dit quels sont les ingrédients en question mais je ne vais pas me risquer à tenter de tous les énumérer. Seul bémol, sur la finale, après quelques instants c'est surtout le clou de girofle qui prend le dessus. Malgré cela, je pense tout simplement qu'il s'agit du meilleur rhum épicé que j'ai pu goûter.
Bien joué Cédric !



Voilà, c'est fini (sur un air de chanson connu). Je peux être fier de moi, j'ai tout fait tenir en "seulement" trois articles... :P

A l'année prochaine !



Retrouvez les deux premières parties :
Mon Rhum Fest 2016 - partie 1
Mon Rhum Fest 2016 - partie 2


mercredi 30 décembre 2015

Les goûts et les couleuvres


Un article un peu particulier pour vous aujourd'hui.

A la recherche d'informations pertinentes sur la bouteille.
Un article qui n'aurait sans doute pas vu le jour sans les nombreux débats qui ont animé la communauté du rhum ces derniers temps. Les détracteurs et les défenseurs s'en donnant à cœur joie. La passion a été au centre de ces échanges parfois... "animés".

Et je dois vous avouer ne pas savoir par quel bout aborder le sujet alors que je commence à écrire ces lignes.
L'objet de ce débat est la marque Don Papa.

Plusieurs articles, meilleurs que celui que je suis en train d'écrire, existent déjà sur le sujet :
- celui de Cyril "Durhum", que l'on ne présente plus, par-là
- la note de dégustation de Henrik "Rum Corner", en anglais dans le texte, : ici-même

Quand je dis ne pas savoir par où commencer c'est surtout parce que plein de critiques ont été formulées à l'encontre de cette boisson (j'évite le mot "rhum" à dessin). Je vais commencer par parler des deux principales.

Justement pour débuter :
"Ce n'est pas du rhum"
Souvent formulé par "C'est du sirop contre la toux". Il est vrai que gustativement on est assez loin d'un rhum et plus proche d'un liqueur d'orange à la vanille par exemple.
Cet alcool a le mot "rum" écrit sur la bouteille, est-ce justifié ? Dur à dire... La législation sur le rhum est large et énormément de produits très différents peuvent s'appeler ainsi. On pourrait s'arrêter là et donc ne pas penser plus loin ; je comprends que certains le fassent. Mais il me semble judicieux de se demander qu'est-ce qui fait d'un rhum... un rhum. Peut-on y ajouter tout ce qu'on veut sans en changer la nature même ? Peut-on en altérer le goût à l'extrême et toujours apposer le nom rhum sur la bouteille ?
Bien sûr il n'est pas facile de savoir ce qui est ajouté quand il n'y a aucune obligation de l'indiquer sur l'étiquette.
Et c'est là une autre critique dirigée contre le Don Papa.


Plus d'info intéressantes ici ? Non.
"Il n'y a aucune transparence"
Là, pas vraiment de débat, c'est vrai, il n'y a que trop peu d'informations à son sujet. On parvient à trouver la distillerie des Philippines dont il est issu ainsi que des données relatives au traitement des fûts dans lequel il est vieilli (a priori 7 ans) mais c'est à peu près tout.
A nouveau, la législation n'oblige en rien le producteur à indiquer ce qu'il ajoute dans son rhum, ce qui fait que certains ne se privent pas.
Ce problème ne concerne malheureusement pas que ce rhum et énormément de marques profitent de cette absence de réglementations (ou pour être plus précis de la non application des règles existantes, ce qui revient certes à la même chose in fine mais ce qui veut aussi dire qu'il y a déjà des textes) pour s'en donner à cœur joie et ajouter, par exemple, beaucoup de sucre voire de glycérine pour rendre leur produit plus flatteur.
Des analyses en laboratoire ont été réalisées afin d'en savoir plus sur sa composition, elles montrent, entre autre, la présence des deux éléments cités plus haut.
D'autres analyses sont brandies par les défenseurs de la marque, la plupart travaillant pour le distributeur français, Dugas. Les résultats de celles-ci montreraient, à l'inverse, qu'aucun n'ajout de glycérol n'a été détecté.


Afin de répondre à ces arguments, les défenseurs du breuvage ne sont pas en reste et y vont leur propre plaidoyer.

"Ce rhum permet à de nombreux cavistes de vivre"
Il est indiscutable que cette boisson se vend très bien et rapporte donc aux vendeurs. De là à dire que cela les fait vivre, c'est différent - les cavistes étaient quand même là avant son apparition. Mais oui ils ne doivent pas s'en plaindre.
Peut-être là alors ? Hmmm, non toujours pas.
En revanche ce qui m’ennuie personnellement, ce sont les cavistes qui essayent de le refourguer à tout va. Quand mon oncle explique à son caviste qu'il cherche un rhum pour son neveu qui est amateur et connaisseur et que celui-ci lui sort immédiatement un Don Papa, ben je trouve que c'est du foutage de gueule.


"Ce rhum permet à de nombreuses personnes de mettre un pied dans cet univers"
C'est en partie vrai. Ce qui est sûr c'est pas mal de monde ne connait pas le rhum (ou tout autre spiritueux) ou alors l'associe à de mauvais rhums blancs, tout sauf sucrés. Du coup quand ils trempent les lèvres dans cet alcool sirupeux et très porté sur l'orange, et qu'ils voient cette bouteille si séduisante, leur cerveau ne fait qu'un tour : c'est bon.
Maintenant, j'ai moi aussi mis un pied dans le rhum par l'entremise d'un rhum sucré, l'El Dorado 12 ans et j'ai ensuite évolué au fil du temps vers autre chose. Alors oui, cela peut permettre à certains de se frotter au Rhum et c'est pas mal. Mais il y en a aussi beaucoup d'autres qui pourraient remplir la même fonction (et qui auraient une goût de rhum).


Quelques rhums de qualité. Selon mes critères en tout cas, dont certains moins chers que le Don Papa.

"S'il n'était pas bon, il n'aurait pas autant de succès"
Ça se saurait si succès était synonyme de qualité.
Le problème ici est la notion de "qualité" justement ; comment la définir ? S'agit-il principalement de la matière première utilisée, du processus d'élaboration (fermentation, distillation...), de l'utilisation la plus réduite possible de machines, de non ajouts quels qu'ils soient, du type de culture : raisonnée voire bio ou encore simplement du goût ?
Je ne vais pas me risquer à tenter de répondre à cette question mais ce que l'on peut voir c'est sa complexité et ses nombreuses ramifications. Il semble évident que choisir un unique élément pour définir la qualité est simpliste.
Dernière tentative : un chien-rat... bon tant pis.
Pour faire un parallèle - qui a ses limites - McDo a beaucoup de succès mais tout le monde s'accorde à dire qu'il ne s'agit pas de nourriture de qualité.


"La douceur de certains rhums peut provenir des fûts utilisés"
Oui, la douceur de certains rhums peut provenir des fûts utilisés (comprenez des fûts qui ont contenu précédemment un alcool qui pourrait adoucir le rhum durant son vieillissement). Mais soyons sérieux, ce n'est pas le cas ici présent. Et ce n'est d'ailleurs pas ce que disent les défenseurs du Don Papa. Ce breuvage est bien trop sucré pour que seuls les fûts utilisés expliquent ce côté liqueur.
Il est important de se poser la question : "Est-ce mal d'ajouter du sucre à un rhum ?". Je pense que la réponse est non, bien que personnellement je n'apprécie plus les rhums sucrés, qui ne sont plus à mon goût (la plupart du temps). Je pense que ce n'est pas un problème en ce sens qu'un certain public apprécie ces alcools très sucrés, mais alors il faut clairement le dire, l'indiquer, l'écrire !
Je ne pense pas être un défenseur intégriste de la transparence mais là quand même, indiquer ce qui est ingéré me semble tout simplement être du bon sens.



Je n'ai certainement pas fait le tour de la question; je n'ai que couché sur le papier les quelques pensées qui me trottaient dans la tête.

Vous aurez compris - j'imagine - que je ne suis pas un grand fan de cette marque et je pense que vous savez également que cela ne va rien changer à son succès.
Cependant, cet article me permet aussi de saluer les efforts de plus en plus nombreux d'un certain nombre d'acteurs du monde du rhum, qui tentent tant bien que mal d'encourager une plus grande transparence de la part des producteurs ainsi qu'une prise de conscience et un désir critique de la part des consommateurs.
L'écho trouvé est encore limité mais, pour le bien du Rhum, je souhaite sincèrement que producteurs et consommateurs prennent conscience de l'importance d'une plus grande clarté.