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dimanche 4 septembre 2016

Les dégustations : L'Esprit Rhum, nouveautés 2016 - partie 2





Nous continuons le passage en revue des nouveautés de l'embouteilleur indépendant français "L'Esprit".


Un peu plus ambré que les précédents
Je vous les fais dans mon ordre de dégustation et le suivant est donc le Caroni et ses 64.3% (les deux derniers ont été dégustés le jour suivant, parce que les cinq d'affilée ça aurait été très compliqué pour le palais).

Au nez, nous ne sommes pas sur un de ces Caroni timides, qui ne s’assume pas. Pas de place pour le doute, nous sommes bien sur un rhum de la célèbre distillerie fermée de Trinidad. La fumée est intense et complétée par des notes de caoutchouc. La vanille, elle aussi très présente, apporte ce qu’il faut de gourmandise.

En bouche, l’alcool augmente au fil des secondes, mais sans devenir brulant. Du sucre vient également équilibrer cette chaleur. On retrouve les marqueurs du nez, de manière très intense. Il y a aussi du fruité qui se balade en arrière-plan.

La finale est longue, ce n’est pas une surprise, sur un parfait mélange de notes fumées et vanillées. La sensation sucrée disparait après quelques secondes.

Un de ces Caroni, qui allie caractère et gourmandise.
Avec un peu d’eau, le nez devient encore meilleur en ramenant des fruits exotiques vers l’avant et étonnamment, la finale perd de sa vanille.



On redescend un peu dans les degrés pour continuer par la Jamaïque et ici une expression de la distillerie Worthy Park.
Une autre Jamaïque.


Au nez, je n’aurais jamais dit Jamaïque à l’aveugle. Il est gourmand, pâtissier, boisé, mais il lui manque les marqueurs habituels que sont souvent la banane et le solvant. D’autres arômes apportent de la complexité : l’orange, le cacao, la prune, un poivre discret et une pointe végétale. Le tout est bien fondu et équilibré. Sympa.

En bouche, l’alcool est assez vif (contrairement au nez), c’est cette impression torréfiée qui domine, ainsi que la prune – il m’a fait penser à ces prunes séchées trempées dans le chocolat noir, le sucre en moins. Le poivre et une touche d’orange ne sont pas loin. Il possède également une certaine fraîcheur, tout à fait bienvenue.

La finale est longue, très chocolatée (bien noir le chocolat) et boisée ; votre bouche va s’assécher. La prune est toujours là tandis qu’une pointe réglissée/mentholée/poivrée ressort. Cette sensation cacaotée va vous accompagner un long moment.

J’ai été un peu déconcerté par ce jamaïcain. Quand je déguste un rhum de cette île, je m’attends à certains arômes (que j’aime beaucoup). Or là, non. Du tout. Nous sommes sur autre chose. Cette autre chose m’a par ailleurs bien plu (même si côté cacao est presque trop présent pour moi) et mérite qu’on y fasse un petit détour.

Avec quelques gouttes d’eau, les arômes frais, végétaux et orangés ressortent au nez, tandis que la bouche prend aussi en fraîcheur et que la finale, elle, perd juste un peu en chocolat et gagne en boisé.



On termine par une bête ! Une couleur très impressionnante et un degré rarement atteint : le Diamond 2016.

Cette couleur...
Au nez, méfiez-vous de la puissance alcoolique de ce beau bébé. Plus de 70%, ça commence à faire, ne mettez pas le nez dedans trop vite donc. En revanche, il en cache des choses sous son apparence ultra-puissante, à commencer par de la gourmandise, qui se caractérise par le chocolat, l’abricot et une mélasse (réglisse) bien marquée. Il n’est pas lourd pour autant et offre même une certaine fraîcheur, entre autres apportée par une pointe d’agrume (orange) et une touche d’herbes aromatiques (thym). N’hésitez pas à le laisser reposer un moment dans le verre avant de débuter la dégustation.

En bouche, une petite quantité suffit, tant il est expressif et explosif (et aussi pour ne pas enflammer votre bouche). Le chocolat, la mélasse, un certain boisé et, un peu en retrait, l’abricot (même bien en retrait) forment son profil gustatif. Il présente une légère douceur, pas désagréable mais surprenante.

La finale est longue, sur des notes de bois, de cacao et de mélasse. Là encore la fraîcheur n’est pas absente, bien que discrète. Une légère amertume – qui semble liée à la mélasse – se fait sentir. Après plusieurs minutes, c’est vraiment cette mélasse réglissée qui demeure.

Eh beh, pas pour les fillettes ce rhum, de par sa puissance (même s'il faut bien reconnaitre qu'il passe étonnamment bien pour ce degré), bien sûr, mais aussi de par ses arômes très marqués de mélasse (surtout), de cacao et de bois.
Un peu d’eau permettra « d’arrondir les angles » et de lisser un peu les notes les plus marquées en liant l’ensemble.


Et voilà, c'est après la dégustations de ces rhums issus de trois grandes nations rumesques, que s'achève de tour d'horizon des nouveautés de chez l'Esprit Whisky& Rhum. Les quatre full proof (le réduit moins) ont chacun des qualités et un intérêt certain, mais aussi des profils marqués, qui ne plairont pas à tout le monde.
Ma préférence va sans doute au Worthy Park (il ne faut pas chercher LA Jamaïque) et au Diamond (il faut aimer la réglisse - de manière intéressante, je déteste la réglisse en tant que telle mais j'aime beaucoup dans le rhum).


J'espère que vous avez vous aussi apprécié le voyage !



Retrouvez la première partie ici : Les dégustations : L'Esprit Rhum, nouveautés 2016 - partie 1


dimanche 28 août 2016

Les dégustations : L'Esprit Rhum, nouveautés 2016 - partie 1

Ici classés par puissance croissante, de gauche à droite.

Bonjour à tous,

Voici une séance de dégustation que j'ai beaucoup anticipée. La sortie de nouveautés chez l'embouteilleur indépendant breton L'Esprit Whisky & Rhum est un événement qui a été attendu un bon moment (et pas que par moi).

Pour vous resituer un peu les loustics, ils avaient déjà à leur catalogue, quelques bouteilles remarquées, avec par exemple un Black Rock full proof (et réduit, comme à leur habitude), qui avait marqué les esprits (jeu de mot interstellaire), mais aussi un Belize ou encore un rhum brésilien, et j'en passe. Bref pas forcément les rhums les plus "à la mode", mais avec une vraie identité.

Du coup, quand ils m'ont contacté pour me faire parvenir des échantillons de ces nouveaux rhums, j'ai accepté bien volontiers.

Au menu des réjouissances : Haïti avec Barbancourt (deux versions, une réduite, l'autre non), la Jamaïque avec Worthy Park, Trinidad avec Caroni et enfin La Guyane Anglaise avec un Diamond. Des origines classiques pour un embouteilleur indépendant (Barbancourt un peu moins même si on en a déjà vu quelques-uns), mais qui sont aussi de qualité.

Il est à noter qu'un certain nombre d'informations sont affichées sur les bouteilles (et les échantillons en l'occurrence). Nous avons, bien sûr, la distillerie et le pays d'origine mais aussi les dates de distillation et d'embouteillage, le numéro du fût, et pour finir : que la couleur est naturelle et qu'il n'y a pas eu de filtration.



Meilleur que les embouteillages officiels
C'est précisément par ce rhum d'Haïti, en version réduite (46%) que nous allons débuter les hostilités.

Au nez, cela a beau être réduit, l’alcool est présent mais accompagné de notes gourmandes. Ce qui me vient à l’esprit c’est le beurre, l’orange, la banane ainsi qu’une légère vanille. Il a un quelque chose de jamaïcain (sans doute ce côté beurre et banane comme sur certains Hampden, bien que moins intense). Il me rappelle aussi le Barbancourt de chez Silver Seal sorti il y a quelques temps et l’impression générale est chaleureuse.

En bouche, l’attaque est mesurée, l’alcool est moins présent. L’orange ouvre les hostilités et est rapidement rattrapée, puis largement dépassée, par des notes empyreumatiques bien marquées.

La finale est moyennement longue et est dominée par les notes brûlées, qui disparaissent après une minute et laissent place à une impression légèrement amère. Cette dernière s’atténue à son tour et est conjuguée cette fois-ci et pour finir, à un arôme cendré.


Un rhum pas inintéressant au profil aromatique relativement simple.




Et encore mieux...
Naturellement, pour continuer, dégustons la version brut de fût, à 66.2%, et voyons les différences.

Au nez, l’alcool n’est pas aussi présent qu’on aurait pu le penser (juste un peu plus que sa version réduite). On y retrouve d’ailleurs les mêmes arômes – avec un peu plus d’intensité – et une note empyreumatique déjà présente. Seule « vraie » addition, une touche torréfiée, de café, qui ajoute une couche de complexité supplémentaire bienvenue.

En bouche, l’attaque n’est pas trop alcooleuse, la puissance vient dans un second temps, et pas qu’un peu ; il y a aussi une très légère sucrosité. Le profil jamaïcain de ce rhum est encore accentué sur cette version full proof, de manière assez explosive.

La finale est plus longue que sur la version réduite mais suit exactement les mêmes étapes.

Oui, il est un peu plus intéressant que sa version réduite, mais a aussi une partie de ses défauts.
A noter que quelques gouttes d’eau font ressortir des notes végétales ainsi qu’une certaine fraîcheur.
Intéressant pour ceux qui ne connaissent pas cette facette de la fameuse distillerie d'Haïti.

Il est à noter que seul ce Barbancourt est présent en deux versions, les trois autres sont tous brut de fût.

mercredi 22 juin 2016

Les dégustations : En compagnie... des Indes - partie 1


Ils ne seront pas tous dans le premier article parce que quand même, faut pas déconner, non mais oh, ça commence à bien faire !

Compagnie des Indes est un embouteilleur indépendant français, qui nous propose, depuis une paire d'années, bon nombre de singles casks ainsi que quelques blends.

Je vous propose de vous familiariser avec cette marque au travers de quelques notes de dégustations de leurs nouveautés.



Je sais, ce n'est pas une nouveauté :P
Mais débutons par un de leur classique, un des blends, qui, avec d'autres, constituent la colonne vertébrale de leur marque.

Compagnie des Indes - Caraïbes
Comme je le disais, il s'agit d'un blend, les trois rhums qui le composent viennent de la Barbade, de Guyane Anglaise et de Trinidad. Le vieillissement se fait pour partie sous les tropiques, puis en Europe. A noter qu'il y a (de manière assumée et annoncée) du sucre ajouté.

Au nez, nous sommes bien dans les anciennes colonies anglaises, avec un profil relativement lourd et expressif ; une certaine douceur l'accompagne.
Peut-être du fait de sa nature plurielle, il nous offre un bon nombre d'arômes, entre les fruits (surtout orange et abricot), de la vanille, qui va aller en prenant de plus en plus de place, un boisé mesuré, puis plus en retrait des notes de cuir et enfin, au dernier rang, une touche d'olive.
C'est complexe et gourmand mais pas très fin.

En bouche, on sent le sucre ajouté de par la douceur qui s'en dégage et sa texture est relativement "épaisse". Une bonne partie des arômes trouvés au nez sont également présents ici : fruits mûrs, cuir, vanille et toujours cette discrète olive. C'est gourmand et un peu plus de fraîcheur lui serait profitable.

La finale est assez longue, l'impression sucrée demeure. Les arômes qui vous accompagnent sont à nouveau sur la vanille, un boisé léger et ce mélange cuir-olive.

Voilà un rhum qui, à mon avis, permet de se frotter aux rhums de tradition anglaise, lorsque l'on vient du monde des rhums plus doux et le plus souvent de tradition espagnole. Oui, il a des défauts à mon goût, mais pour son prix, il fait le job !



Un mariage "contre nature"
Passons maintenant aux nouveautés, avec pour commencer, un autre blend pour le moins surprenant. Il associe deux pays qui n'ont que peu en commun dans le monde du rhum : la République Dominicaine et Trinidad.

Compagnie des Indes - Dominidad
Oui, vous avez compris : Dominicaine + Trinidad = Dominidad (ou Trinicaine mais je dois bien dire que ça sonne moins bien ^^).

Au nez, ce mélange semble porter ses fruits puisque là aussi c'est inédit : arômes légers et frais d'un côté et plus lourds de l'autre. Des fruits frais (pèche et melon) mais aussi du citron (très présent) sont aux côtés de notes fumées et d'un petit quelque chose d'iodé.

En bouche, l'alcool est un peu plus présent mais de manière mesurée. C'est son ascendance dominicaine qui domine ici avec des arômes légers. En outre, sa fraîcheur et son côté salin se confirment.

La finale est très différente de la bouche ; les notes empyreumatiques (fumées) reviennent et sont accompagnées de sucre brûlé. L'ensemble persiste longtemps.

Une création atypique mais pas dénuée d'intérêt où le nez surprend, où la bouche est un peu à la traine et où la finale est d'un seul bloc.



Oui les étiquettes ont pâti de leur périple en mer :P
Allons maintenant faire un tour en Guyane Anglaise et ses nombreux alambics. Celui qui nous intéresse est le Diamond et plus précisément son expression vieillie 12 ans et embouteillée par... surprise, Compagnie des Indes.

Au nez, il n'est pas timide avec un pruneau très expressif, légèrement voilé par des touches de vernis. Mais c'est bien plus complexe que cela : la mélasse et son côté réglissé exacerbe le pruneau tandis que des arômes de café, de bois et de noix apparaissent. Il est épargné d'excès de lourdeur par des notes de zest d'orange qui lui apportent une fraîcheur bienvenue. Pour finir, une pointe d'olive parvient à sa frayer un chemin au travers de tout le reste.

En bouche, il est sec et plus boisé, et l'alcool est bien dosé. Moins de complexité ici, avec une nette domination de la mélasse.

La finale assèche un peu la bouche de par son boisé et ses arômes sont chauds avec toujours une belle présence de cette réglisse/mélasse. Il offre une bonne persistance.

Il est intéressant ce Diamond, surtout son nez où il se passe beaucoup de choses. Pour moi il pèche ensuite par sa simplicité, mais permet de découvrir ce genre de rhums.


Oeil-vlourt

On reste en Guyane Anglaise mais on passe à un autre alambic avec son nom improbable (pour ne pas dire imprononçable) : Uitvlugt. Un rhum âgé de 18 ans.

Au nez, il est expressif et intense. On retrouve des caractéristiques de la Jamaïque (nous n'y sommes pourtant pas) mais pas seulement : la papaye très mûre, la poire et le poivre viennent s'y ajouter. Tout à fait intéressant.

En bouche, l'alcool se fait remarquer mais sans pour autant déséquilibrer l'ensemble. Le vernis revient, alors qu'un aspect végétal apparaît. Le poivre devient plus intense et certains fruits détectés au nez nous accompagnent.

La finale est très longue et continue à nous faire penser à un rhum de Jamaïque, avec des arômes torréfiés en plus.

Encore un rhum qui ne démérite pas, à l'intersection de la Guyane Anglaise et de le Jamaïque.



Et voilà, je vous avais pourtant dit que tous les rhums de la première photo n'apparaitraient pas dans ce premier article, alors ne faites pas vos étonnés

On termine donc cette série de quatre et nous en retrouverons dautres prochainement :)


dimanche 15 mai 2016

Les dégustations : la collection rare des distillateurs limités de la Demerara


Titre alternatif : La traduction littérale c'est de la merde :D

Pour ceux qui n'ont pas encore compris, nous allons parler de la Rare collection de DDL ou Demerara Distillers Limited.

Des parfaites bouteilles à tester avec des échantillons !

Avant de passer à mes notes de dégustation, vous n'allez pas échapper à un petit laïus.
Pour commencer, comme vous le savez, je suis un fan des rhums de Guyane Anglaise embouteillés par Velier, sous l'égide de Luca Gargano. Des noms tels que Albion, Enmore ou encore Uitvlugt eh ben ça m'émoustille. Mais voilà, ces bouteilles (surtout les plus anciennes) deviennent très, mais alors très, dures à trouver, sans compter qu'il faut casser le livret A des enfants pour s'en acheter.
Histoire de faciliter encore l'obtention de ces bouteilles, l'accord entre Velier et DDL n'est plus. Luca Gargano n'a plus la possibilité d'aller "faire son marché" dans leurs chais de vieillissement pour faire ses embouteillages, du coup, pour faire simple : c'est la fin.

Mais est-ce vraiment la fin de ces rhums de Guyane Anglaise bruts de fûts à vieillissement intégral sous les tropiques ?

Eh bien oui !

*Fin de l'article*



Ben non, bien sûr que non :P

Nos amis de Demerara Distillers Limited ont eu la bonne idée de marcher sur les traces de Velier et de sortir des bouteilles dans un esprit similaire.
Les trois premières expressions sont sorties il y a quelques semaines, exclusivement en Europe.
C'est de ces trois rhums dont nous allons parler ce soir.



Un des rares Versailles sur le marché
On commence par le Versailles 2002.
Au nez, tout d'abord, il offre une impression de chaleur. Les fruits à coque, la noix et l'amande, comme passés à la poêle, frappent par leur magnitude. La mélasse dans un second temps, et ses accents de réglisse, vient comme enrober ces fruits à coque.
L’ensemble est très gourmand mais pas lourd (entre autre du fait de l’orange mais aussi de la menthe fraîche). Une pointe de café vient apporter une touche aromatique supplémentaire.

En bouche, l’attaque est équilibrée en dépit de ses 63%, l’alcool est présent bien sûr, mais son côté sucré vient le contrer. Là aussi, la noix et l’amande (toujours englués de mélasse réglissée) sont sur le devant de la scène.
Cette bouche est légèrement tannique et les notes torréfiées reviennent. Des touches de caramel font également leur apparition et augmentent encore son caractère gourmand.

La finale est très longue et on revient sur cette impression chaleureuse. Le café et la réglisse ne nous quittent pas. Le bois est également présent ainsi qu’une légère impression de caramel brûlé. L’ensemble est agréable, gourmand mais sans être écœurant grâce à sa relative fraîcheur.

Il est vraiment gourmand et pas seulement pas sa douceur. C'est aussi celui dont la finale est la plus longue, vraiment pas mal.



Plus intéressant que gourmand
Le Port Mourant 1999 maintenant.
Le nez est dense. La réglisse et l’anis prennent des proportions écrasantes. Suit d'assez près le boisé, lui aussi très présent. Viennent ensuite les fruits (orange en tête) et l’olive ; ces deux éléments ne sont pas franchement preuve de timidité non plus.
Pour finir une discrète note mentholée complète ce profil aromatique. L’alcool, bien qu’il tienne sa place, est bien intégré et porte les arômes sans prendre le dessus ou les masquer.

En bouche, intensité et concentration sont toujours au rendez-vous. Les marqueurs principaux détectés précédemment n'ont pas décidé de nous laisser tranquille. La réglisse et l’anis font jeu égal avec ce boisé (plus présent ici qu'au nez). L'olive et l'orange ne s'en laissent pas compter et tiennent leur rang.
L’attaque, bien que puissante et légèrement astringente, n’est pas dénuée d’une relative douceur.

La finale est plutôt longue mais complexe et changeante. Des notes empyreumatiques, des arômes de cuir, de réglisse et de menthol vous accompagnent depuis la fin de bouche jusqu'à la toute fin de la dégustation.

Un rhum qui offre une intensité hors du commun. Mêmes les arômes secondaires sont très puissants. C'est sans doute le moins gourmand des trois mais il n'en demeure pas moins une expérience intéressante.



Je suis amoureux du 1995 de Velier
Et nous finissons donc pas le Enmore 1993.
Au nez, gourmandise et complexité s'accordent. Les fruits sont très présents dans cet Enmore : abricot, pruneau et, un peu en retrait, la pèche, le tout a comme été confit dans le sirop. C'est dans un second temps que la noix et des notes torréfiées se manifestent.
L’alcool est extrêmement bien intégré, c’est assez bluffant.
On pourrait craindre l'ensemble un peu lourd, voire écœurant mais cela serait sans compter sur une fraîcheur bien présente qui permet à ce rhum d'être très équilibré.
Après une longue période de repos, des touches de tabac apparaissent mais surtout la banane qui devient de plus en plus présente (oui un fruit de plus ^^).

En bouche, l’alcool est bien plus présent qu’au nez et l’attaque est relativement douce, presque sucrée (l'un dans l'autre, cela offre une certain équilibre là aussi).
Seconde surprise, le boisé est très présent et prend même des accents tanniques. La fraîcheur demeure, voire même s'accentue.
Les fruits omniprésents et si agréables au nez sont malheureusement beaucoup plus discrets.

La finale est assez longue et toujours très marquée par le fût (et même légèrement amère). Le tabac, assez discret, nous accompagne, ainsi que de timides notes de sucre roux.

Ce nez... Ô ce nez... Malheureusement, cette gourmandise fruitée disparaît presque totalement en bouche puis sur la finale. Dommage :(



Voilà donc pour ces trois rhums aux profils très différents.

Je dois avouer qu'aucun des trois ne m'a totalement et entièrement convaincu. Cependant, nous avons : une gourmandise, une bête d'intensité et un nez magnifique.
C'est d'ailleurs sans doute le premier des trois qui m'a le plus plu.
Il y a une petite polémique sur la présence ou non de sucre ajouté à ce Versailles. Une mesure montrerait qu'il y a environ une quinzaine de grammes par litre de sucre ajouté mais Luca Gargano soutient qu'il n'y a eu aucun ajout, et ce n'est pas le genre à aller raconter des billevesées ce bon vieux Luca. Difficile donc d'en savoir plus mais en tout cas, il est bon :)

Quoi qu'il en soit, ces trois identités trouveront leur public à n'en pas douter.
J'espère deux choses pour un avenir plus ou moins proche : que ces bouteilles ne soient pas (trop rapidement) sujet à spéculation et que DDL nous en sorte d'autres encore meilleures, car après tout, ce n'est qu'une première tentative :)


lundi 30 juin 2014

Un rhum... allemand ?!

"Ma femme est allemande.
- Et alors, qu'est-ce que tu veux que ça nous fasse ?
- Ben attendez une minute, que je vous parle de...
- Non mais arrête un peu. C'est quoi le rapport avec le rhum ? Hein ?
- J'y viens, une seconde. Ma femme est donc allemande, ce qui me donne l'occasion de me rendre en Allemagne plusieurs fois par an, dans la Ruhr, région sur-industrialisée jusque dans les années 70 où elle a été heurtée de plein fouet par la crise de 1973. Et depuis plein d'usines ont fermé. Ce qui est étonnant c'est que cette région est super verte, y'a des forêts partout, loin de ce que l'on imagine.
- Heu, tu fais pas un peu du hors-sujet là quand même ?
- Si, et alors, c'est mon blog ! Si j'ai envie de parler deux minutes de l'Allemagne, je peux quand même !
Mais vous n'avez pas tort. Je vais y venir."


Donc lors de ma dernière visite, j'ai eu l'occasion de chercher des cavistes à Bochum et Herne. A cette période-là j'étais surtout à la recherche de Demerara de chez Velier (oui certes, toujours aujourd'hui :P) et j'avais l'espoir secret de trouver un caviste avec quelques bouteilles de derrière les fagots, qui aurait apprécié que je l'en débarrasse pour une modique somme.

Bon, je ne vais pas vous donner de faux espoir, je n'en ai pas trouvé :(
Mais j'ai trouvé du rhum quand même !



La Ruhr \o/
Premier arrêt : Bochum.
*Petite musique désuète et voix off sentant la naphtaline* Ville de 365000 habitants, 16ème ville la plus peuplée d'Allemagne, datant du 9ème siècle, lorsque Charlemagne établit à la jonction de deux routes commerciales...

Oui bon j'arrête :D

Bref Bochum où ma belle-sœur a pu nous indiquer un caviste franchement bien achalandé mais surtout en vins et en whisky. Je fais le tour de la (très jolie) boutique et trouve le rayon, un peu petit à mon goût, des rhums. Outre certains classiques essentiellement de tradition espagnole (Zacapa et autre Millionario par exemple), il y avait une très belle collection de bouteilles de la gamme Plantation dont 3 single casks que je n'avais pas encore eu l'occasion de goûter.
Plantation est la marque de rhum de la maison Cognac Ferrand. Leur démarche est la suivante : leurs rhums, qui viennent de plusieurs pays des caraïbes, sont d'abord vieillis et amenés "à maturité" dans leur pays d'origine. Ils sont ensuite emmenés en France et vont être affinés dans de petits fûts ayant préalablement servis au vieillissement de cognac enfin d'amener quelque chose de nouveau au rhum. Ils ont beaucoup de références différentes (une bonne vingtaine je crois, y compris certains single casks).
Vraiment un gamme intéressante Plantation

C'est alors qu'un vendeur s'approche et me propose son aide - en allemand. Je demande en un allemand approximatif si il parle anglais, il me répond que oui. Premier bon point ^^
On commence à parler un peu ; je demande quand même s’il n'a pas un Velier à la cave, mais ce n’est pas le cas. Je lui enlève son bon point ! Que je ne vais pas tarder à lui rendre quand il m'explique qu'il est possible de déguster. Je vais donc en profiter pour découvrir deux single casks de chez Plantation, celui de Cuba et... un autre dont je ne me rappelle pas ; la seule chose dont je me souviens c'est qu'il était trop sucré à mon goût.
Le cubain en revanche a un côté légèrement fumé très plaisant. Ça n'a pas vraiment été un coup de cœur mais ils étaient tellement sympa chez ce caviste que je suis reparti avec (et deux bouteilles de vin tant qu'à faire :)). Je ne l'ai pas encore ouverte mais je suis assez curieux de voir si elle correspond au (vague) souvenir que j'en ai.


Le lendemain, direction Herne, autre ville du coin. Nous sommes samedi matin et la journée verra apparemment une sorte de célébration de quelque chose, avec une sorte d'énorme banquet pour fêter ça sur une grande place piétonne. Sur tout le tour de cette place, plein de boutiques mais surtout, deux cavistes.
Je passe rapidement sur le premier, qui premièrement n'avait pas de Velier, deuxièmement ne proposait pas de dégustation et troisièmement qui n'avait que des rhums légers et doux de tradition espagnole.

Je vais moins vite passer sur le second :)
La bouteille en question
Je rentre dans l'échoppe, appelée Barrique (déjà je pars avec un a priori positif), accompagné de mon interprète (merci Nele ;)).
Quelques observations dès mon entrée : beaucoup de "fontaines" à différents alcools, un fût qui trône au milieu de la pièce et une absence de bouteilles de ma connaissance.
Après avoir salué le maître des lieux, il nous explique sa démarche : il importe des fûts de plusieurs alcools et les vieillit une année supplémentaire dans des fûts à lui en Allemagne (ce qui lui permet d'ailleurs d'apposer sur ses bouteilles une étiquette avec indiqué "Whisky von Herne" par exemple).
Je lui demande donc ce qu'il a comme rhum et il en a de plusieurs pays : Jamaïque, Martinique, Guyana... Et il se trouve qu'il a une bouteille du Guyana d'ouverte. Certes il était 10h00 du mat, mais ça ne m'a pas empêché d'accepter son offre de dégustation et puis après tout, on dit que le matin est le meilleur moment pour ça étant donné que les aliments de la journée n'ont pas encore pur avoir une influence sur le goût.

Bref, je déguste donc et j'aime bien. Il a cette saveur de poudre à canon/pierre à fusil que j'apprécie beaucoup, il est boisé et sec. Je décide donc d'acheter la bouteille et il me dit ensuite qu'il a aussi une version brut de fût mais malheureusement pas disponible à la dégustation. Je me suis beaucoup tâté et ai finalement décidé de ne pas la prendre, vu que je n'avais pas pu la goûter (oui je pense avoir été un peu bête sur ce coup).

Pour la petite anecdote, il avait aussi une soixantaine de bouteilles de whisky qu'il était certain de toutes vendre le jour même, et ça été le cas.

"Gold of the caribbean inside", mouais...

Peu de temps après être rentré sur Paris, j'ai ouvert la bouteille et j'ai été un peu moins emballé mais sans être vraiment déçu non plus. Deux semaines après je fais un sample (échantillon dans une petite fiole de 5 cl) pour un pote amateur de whisky. Le lendemain il me rapporte la fiole à moitié pleine, en me disant qu'il n'a pas pu la finir tellement il était soufré à tendance œuf dur, ce qui m'a franchement surpris.

Le soir même, je rentre chez moi et je déguste une nouvelle fois ce rhum allemand, comme pour contredire les critiques entendues dans la journée...

...pour avoir, malheureusement, pas mal de souffre.