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dimanche 15 mai 2016

Les dégustations : la collection rare des distillateurs limités de la Demerara


Titre alternatif : La traduction littérale c'est de la merde :D

Pour ceux qui n'ont pas encore compris, nous allons parler de la Rare collection de DDL ou Demerara Distillers Limited.

Des parfaites bouteilles à tester avec des échantillons !

Avant de passer à mes notes de dégustation, vous n'allez pas échapper à un petit laïus.
Pour commencer, comme vous le savez, je suis un fan des rhums de Guyane Anglaise embouteillés par Velier, sous l'égide de Luca Gargano. Des noms tels que Albion, Enmore ou encore Uitvlugt eh ben ça m'émoustille. Mais voilà, ces bouteilles (surtout les plus anciennes) deviennent très, mais alors très, dures à trouver, sans compter qu'il faut casser le livret A des enfants pour s'en acheter.
Histoire de faciliter encore l'obtention de ces bouteilles, l'accord entre Velier et DDL n'est plus. Luca Gargano n'a plus la possibilité d'aller "faire son marché" dans leurs chais de vieillissement pour faire ses embouteillages, du coup, pour faire simple : c'est la fin.

Mais est-ce vraiment la fin de ces rhums de Guyane Anglaise bruts de fûts à vieillissement intégral sous les tropiques ?

Eh bien oui !

*Fin de l'article*



Ben non, bien sûr que non :P

Nos amis de Demerara Distillers Limited ont eu la bonne idée de marcher sur les traces de Velier et de sortir des bouteilles dans un esprit similaire.
Les trois premières expressions sont sorties il y a quelques semaines, exclusivement en Europe.
C'est de ces trois rhums dont nous allons parler ce soir.



Un des rares Versailles sur le marché
On commence par le Versailles 2002.
Au nez, tout d'abord, il offre une impression de chaleur. Les fruits à coque, la noix et l'amande, comme passés à la poêle, frappent par leur magnitude. La mélasse dans un second temps, et ses accents de réglisse, vient comme enrober ces fruits à coque.
L’ensemble est très gourmand mais pas lourd (entre autre du fait de l’orange mais aussi de la menthe fraîche). Une pointe de café vient apporter une touche aromatique supplémentaire.

En bouche, l’attaque est équilibrée en dépit de ses 63%, l’alcool est présent bien sûr, mais son côté sucré vient le contrer. Là aussi, la noix et l’amande (toujours englués de mélasse réglissée) sont sur le devant de la scène.
Cette bouche est légèrement tannique et les notes torréfiées reviennent. Des touches de caramel font également leur apparition et augmentent encore son caractère gourmand.

La finale est très longue et on revient sur cette impression chaleureuse. Le café et la réglisse ne nous quittent pas. Le bois est également présent ainsi qu’une légère impression de caramel brûlé. L’ensemble est agréable, gourmand mais sans être écœurant grâce à sa relative fraîcheur.

Il est vraiment gourmand et pas seulement pas sa douceur. C'est aussi celui dont la finale est la plus longue, vraiment pas mal.



Plus intéressant que gourmand
Le Port Mourant 1999 maintenant.
Le nez est dense. La réglisse et l’anis prennent des proportions écrasantes. Suit d'assez près le boisé, lui aussi très présent. Viennent ensuite les fruits (orange en tête) et l’olive ; ces deux éléments ne sont pas franchement preuve de timidité non plus.
Pour finir une discrète note mentholée complète ce profil aromatique. L’alcool, bien qu’il tienne sa place, est bien intégré et porte les arômes sans prendre le dessus ou les masquer.

En bouche, intensité et concentration sont toujours au rendez-vous. Les marqueurs principaux détectés précédemment n'ont pas décidé de nous laisser tranquille. La réglisse et l’anis font jeu égal avec ce boisé (plus présent ici qu'au nez). L'olive et l'orange ne s'en laissent pas compter et tiennent leur rang.
L’attaque, bien que puissante et légèrement astringente, n’est pas dénuée d’une relative douceur.

La finale est plutôt longue mais complexe et changeante. Des notes empyreumatiques, des arômes de cuir, de réglisse et de menthol vous accompagnent depuis la fin de bouche jusqu'à la toute fin de la dégustation.

Un rhum qui offre une intensité hors du commun. Mêmes les arômes secondaires sont très puissants. C'est sans doute le moins gourmand des trois mais il n'en demeure pas moins une expérience intéressante.



Je suis amoureux du 1995 de Velier
Et nous finissons donc pas le Enmore 1993.
Au nez, gourmandise et complexité s'accordent. Les fruits sont très présents dans cet Enmore : abricot, pruneau et, un peu en retrait, la pèche, le tout a comme été confit dans le sirop. C'est dans un second temps que la noix et des notes torréfiées se manifestent.
L’alcool est extrêmement bien intégré, c’est assez bluffant.
On pourrait craindre l'ensemble un peu lourd, voire écœurant mais cela serait sans compter sur une fraîcheur bien présente qui permet à ce rhum d'être très équilibré.
Après une longue période de repos, des touches de tabac apparaissent mais surtout la banane qui devient de plus en plus présente (oui un fruit de plus ^^).

En bouche, l’alcool est bien plus présent qu’au nez et l’attaque est relativement douce, presque sucrée (l'un dans l'autre, cela offre une certain équilibre là aussi).
Seconde surprise, le boisé est très présent et prend même des accents tanniques. La fraîcheur demeure, voire même s'accentue.
Les fruits omniprésents et si agréables au nez sont malheureusement beaucoup plus discrets.

La finale est assez longue et toujours très marquée par le fût (et même légèrement amère). Le tabac, assez discret, nous accompagne, ainsi que de timides notes de sucre roux.

Ce nez... Ô ce nez... Malheureusement, cette gourmandise fruitée disparaît presque totalement en bouche puis sur la finale. Dommage :(



Voilà donc pour ces trois rhums aux profils très différents.

Je dois avouer qu'aucun des trois ne m'a totalement et entièrement convaincu. Cependant, nous avons : une gourmandise, une bête d'intensité et un nez magnifique.
C'est d'ailleurs sans doute le premier des trois qui m'a le plus plu.
Il y a une petite polémique sur la présence ou non de sucre ajouté à ce Versailles. Une mesure montrerait qu'il y a environ une quinzaine de grammes par litre de sucre ajouté mais Luca Gargano soutient qu'il n'y a eu aucun ajout, et ce n'est pas le genre à aller raconter des billevesées ce bon vieux Luca. Difficile donc d'en savoir plus mais en tout cas, il est bon :)

Quoi qu'il en soit, ces trois identités trouveront leur public à n'en pas douter.
J'espère deux choses pour un avenir plus ou moins proche : que ces bouteilles ne soient pas (trop rapidement) sujet à spéculation et que DDL nous en sorte d'autres encore meilleures, car après tout, ce n'est qu'une première tentative :)


dimanche 6 septembre 2015

Le Canada ça ne vaut pas l'Italie (en tout cas niveau rhum ;)) - partie 1



Les vacances d'été... On les attend onze mois durant, tous les ans ; et à peine commencées qu'il faut déjà penser à la rentrée. Deux, trois, voire quatre semaines qui passent bien trop vite. Il ne tient qu'à nous d'en profiter au maximum et de les rendre les plus intenses et riches possibles.

Et le Canada pour ça, c'est vachement bien !
Certes c'est maintenant terminé, mais les enfants et nous avons vécu de très beaux et mémorables moments, avec dans le désordre et de manière tout à fait incomplète :
les Chutes du Niagara, la pèche aux écrevisses, Toronto, rendre visite à la famille, des écureuils de toutes les couleurs, le monstre du Loch Ness en carton, une clavicule cassée pour Roudoudou, un gigantesque verre de vin (voire deux) autour du feu, un super musée/parc.
Mais aussi des attaques de moustiques, de bien jolies routes, des bonnes bières, du Stockbrot, un Lac à la Loutre, des animaux sur le bord de la route (pas tous morts :p) et au final parmi les meilleures vacances que j'ai passées :)


Et le rhum dans tout ça ?


Eh bien pas très présent le rhum, et ce n'est pas bien grave. Pas très présent ne veut pas dire absent non plus, vous vous en doutez bien ;)

Tout d'abord des échantillons (ou samples) - on ne va quand même pas partir les mains vides !
J'en ai un bon paquet à la maison et les emmener en vacances semble être un excellent moyen de les découvrir. J'en avais pris une dizaine avec moi, chacun de 5cl.
Je n'en suis même pas venu à bout, deux sont encore plein, tandis que les huit autres ont été achevés lors de ma dernière soirée à Montréal avec la famille.
Parmi ces rhums, des choses intéressantes et d'aDos Madéras, Trois utres... hmmm... moins.

J'avais volontairement pris des choses très différentes dont un certain nombre susceptibles de plaire à des novices (plutôt douces donc).

Pas de découverte parmi ces bouteilles, en ce qui me concerne. Les "meilleures" avaient déjà été dégustées par votre serviteur lors de différentes occasions.
Je pense par exemple au Dos Maderas PX 5+5 que je n'avais pas eu l'occasion de goûter depuis longtemps mais qui a gardé son charme. Alors oui c'est doux mais nous sommes loin du schéma ennuyeux "caramel/vanille". Ici, nous sommes sur les fruits confits, le tabac, la noix...
Sans grande surprise, il aura beaucoup plu aux autres dégustateurs :)

Le Summum 12 ans (finition Cognac) fût également à leur goût et un peu moins au mien, tant il est dominé par l'amande. Le caramel est là aussi mais c'est cette amande omniprésente qui prend le pas sur tout le reste.


 

Un autre 12 ans ensuite mais d'une autre trempe, le Trois Rivières. L'assistance n'a pas été conquise, ce que je peux comprendre, étant donné que l'agricole n'est pas le type de rhum le plus facile à appréhender.

J'avais pu le goûter lors du Rhum Fest, et cette nouvelle dégustation apporte quelques nouveaux éléments, surtout au nez, puisqu'il y a pas mal de fruits : pomme, légère pèche et une certaine vivacité apportée par un petit quelque chose de fruits rouges.
Ensuite en bouche, le fût prend le dessus, avec le tabac et un côté tannique. Après un bon moment le bois mouillé (que je commence à voir comme une signature Trois Rivières) fait une apparition discrète en association avec la canne.


Pour finir un arrangé de Ced, le Banane Cacao.
Comme vous les savez déjà, j'aime les produits de Cédric Brément, mais je me méfie des impressions données par les échantillons sur les rhums arrangés, car d'expérience il arrive qu'un des éléments prennent le pas sur l'autre/les autres, sans que j'arrive vraiment à m'expliquer pourquoi.
C'est un des rhums de Ced que je n'avais pas encore eu l'occasion de tester et je l'ai trouvé bon mais avec une banane que j'aurais aimé faire plus jeu égal avec le cacao (même si la banane rôtie au nez est bien sympathique :)). Définitivement à retester.


Les rhums moins mémorables maintenant.

Le Nine Leaves - Almost Spring pour commencer. J'aime bien le blanc, j'aime bien celui vieilli en fût de chêne américain, mais là, il y a un souci.
Au nez, l'alcool est présent, marqué. On a l'impression d'être sur une eau de vie de prune qui aurait été récoltée trop jeune (acidité). Le boisé est présent avec un léger côté soufré et une vague odeur de vin complète l'ensemble.
En bouche, l'alcool n'est pas très bien intégré et on est à nouveau sur une impression de fruit vert.
La finale est relativement courte et revient sur cette eau de vie.
Bon... Voilà...
Ça n'enlève rien au mérite et à l'intérêt des autres bouteilles de ce rhum japonais, mais là, ça fait erreur de parcours selon moi

Le Oksen macéré cannelle maintenant. Ce n'est pas qu'il n'est pas bon, mais c'est qu'il est... cannelle. Mais alors, CANNELLE ! En fait je ne sais pas à quoi sert ce "rhum". Je le trouve trop sec et pas assez sur le rhum pour le boire tout seul. Du coup, peut-être en ingrédient de cocktail, mais alors pas trop, parce que c'est vraiment intense.


Si vous savez compter, vous avez du vous rendre compte qu'il en manque deux. Un autre rhum arrangé, que je dois regoûter car la vanille avait pris le dessus et Mermaid, qui est un rhum infusé, que je dois déguster à nouveau également, la première impression ayant été plutôt positive.


dimanche 7 décembre 2014

Les dégustations : Caroni dans tous ses états - Partie gratuite

Suite à mes dégustations de Caroni des semaines passées, un collègue amateur de spiritueux m'a donné deux échantillons mystères afin que je puisse étoffer mon expérience dans ces rhums de Trinidad si particuliers (merci JC ! :)).
La quantité étant très réduite (entre 1cl et 2cl), je ne pourrai faire qu'une dégustation, va falloir être concentré !

Il est toujours préférable de pouvoir revenir sur un rhum afin de couvrir le plus de caractéristiques possibles de ce dernier, et si possible à quelques jours (et même semaines d'intervalle) mais je ne vais pas me plaindre :D

A priori je me suis dit qu'il devait s'agir d'un vieil embouteillage de chez Velier et d'un Bristol Classic, cela va-t-il se vérifier ?
Mes attentes étaient donc assez hautes puisque, d'un part les vieux Caroni de Velier sont légendaires et d'autre part, les Bristol (surtout les premières versions) sont pour le moins réputés.
J'avais, en outre, pu goûter au dernier Rhum Fest à Paris un Caroni - récent - de cet embouteilleur britannique et avait été plutôt séduit (gardons à l'esprit que mes goûts varient et évoluent assez vite et qu'à l'époque je connaissais peu les rhums issus de
cette distillerie et qu'ils ne me plaisaient pas trop).

Trêve de bla bla, passons dans le vif du sujet !



Et de un !
Échantillon numéro 1 :
La première chose qui se distingue est le voile de goudron qui fait comme surnager au dessus des autres arômes. Une fois cette première couche passée, ce rhum nous révèle beaucoup d'autres choses.
Des éléments "classiques" tout d'abord, avec le boisé et la vanille. L'alcool est très discret, à n'en pas douter une version réduite entre 40° et 45° à vue de nez (haha).
Sont également présents des arômes très séduisants de fruits (pomme et poire). Pour finir il y a comme une impression de fruits secs qui essaye de se frayer un chemin vers votre base de données sensorielle. Bref, un nez agréable et prometteur. Passons à l'étape suivante.

Première impression en bouche : un gros manque de texture, comme si c'était de l'eau et ça c'est décevant. Ce qui accentue ce sentiment c'est l'absence d'alcool. Enfin je me doute bien qu'il y en a de l'alcool mais il se fait discret à l'extrême. Ces deux éléments conjugués rendent l'attaque en bouche très faible.
Heureusement il se passe alors quelque chose qui redonne de l'intérêt à ce rhum : une association empyreumatique et médicinale qui envahit la bouche et s'y attarde plusieurs secondes. La fumée de cette (petite) explosion se dissipe et laisse apparaître des notes de violette.

Le finish quant à lui est assez court et donne vraiment l'impression de laisser la dégustation retomber. On revient sur le goudron que nous avions au tout début. Ajoutez-y un léger mélange de cuir et de tabac et voilà, nous avons fait le tour.


En conclusion, un produit en dents de scie, avec du bon et du moins bon et une impression mitigée.



Et de deux !
Échantillon numéro 2 :
Encore une fois, on ne peut pas se tromper, nous sommes face à un Caroni. Ce nez dominé par le caoutchouc, le tabac et, dans une moins mesure, l'olive ne laissent pas place au doute.
Là aussi nous sommes sur une version réduite sous les 46°, aucun doute (malheureusement).
Ce nez, sans être inintéressant, ne vaut pas celui du premier.

La bouche est d'emblée un peu plus puissante et nous offre un peu plus de texture, ce qui est clairement appréciable.
Puis, à nouveau, ce côté empyreumatique/médicinal super sympa et encore plus envahissant que sur le rhum précédent. Là je pense tout de suite que ces deux rhums se ressemblent. Même embouteillage voire même rhum avec une version réduite à 40° et l'autre à 46° ou quelque chose dans ce style. La conclusion florale est là pour confirmer cette impression (même si ce n'est pas de la violette).

La finale se distingue là aussi par les arômes si typiques de Caroni, auxquels il faut ajouter ces notes fleuries qui persistent ainsi qu'un léger côté mentholé.


Ce second échantillon mystère est moins dans les extrêmes que le précédent. Il n'a pas le nez agréable du premier mais n'a pas non plus ses lacunes en bouche, avec un peu plus de puissance apparente.




Au final, aucun des deux n'est vraiment à mon goût et je leur préférerais d'autres Caronis, parmi ceux présentés dans mes articles précédents. Je dois ajouter tout de même, que je venais de sortir d'un rhume (oui avec un "e" celui-ci ;)) lors de cette dégustation et qu'il n'est pas impossible que cela ait impacté mes impressions du moment...




En tout cas, moi qui, il y a encore quelques mois, me faisait une idée très linéaire et homogène de ces rhums, cette dégustation "à l'aveugle" prouve une fois de plus qu'il n'en est rien. Certains nouveaux embouteillages à sortir chez Velier me font déjà de l’œil (sans parler des très anciens !).

Les futurs (dégustés ici au Whisky Live)